Titre français: Le Patient Anglais

Equipe:
Durée: 162‘
Genre:
Date de sortie: 25/02/1997
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

1943 en Italie. Un convoi allié recueille un homme défiguré et amnésique que, faute de mieux, on baptise "le patient anglais". Une jeune infirmière, horrifiée par la guerre, laisse ses obligations pour s'occuper de lui. Les souvenirs reviennent au blessé; il lui raconte son aventure: une histoire d'amour désespérée perdue dans le désert du Sahara, avec la lourde menace de la guerre... Sortez mouchoirs et violons, c'est du romantisme à l'état pur.

Notre critique:

« A cinematic experience », « a masterpiece », nous dit l’affiche… Ah?

Restons simple. Oui, l’histoire est belle, émouvante, passionnante, et tout… Oui, l’interprétation est impeccable jusque dans les rôles mineurs… Oui, la musique arracherait un sanglot au plus blasé des bâfreurs de pop-corn… Mais on ne peut pas s’empêcher de ressentir quelque chose d’inachevé ou de maladroit dans la manière qui empêche de partager l’enthousiasme de ces commentaires exagérément élogieux.

Pèle-mêle… L’Afrique et l’Italie sont maltraités par la photographie, sèche et granuleuse. C’est cadré large mais sans ampleur; comme si l’exploitation télévisée future avait dicté l’esthétique générale de l’image. Pour une épopée sentimentale vécue dans un décor grandiose, un cadrage télé c’est presque une insulte. Le montage est soit hésitant (manifestement, le réalisateur couvre ses scènes sans véritable point de vue), soit surchargé. Le grand climax de la fin souffre d’une redondance indigeste: texte poétique, voix du passé répétées par celles du présent, images actuelles et passées, ralentis, envolées musicales. Le mélange sophistiqué devrait emporter le spectateur. En réalité, il lui reste sur l’estomac.

On avait découvert Anthony Minghella avec TRULY, MADLY, DEEPLY, une émouvante histoire d’amour surnaturelle, où il montrait déjà son grand talent de directeur d’acteurs. Dans ce film modeste, concentré sur les visages, un défaut de sa qualité ne se voyait pas encore: une certaine fébrilité face à la grandeur. D’ailleurs, dans THE ENGLISH PATIENT, ce sont les scènes intimistes, cadrées serré, discrètement baignées de musique modeste, qui sont incontestablement les plus réussies.

Si THE ENGLISH PATIENT a remporté tant d’oscars (injustifiés pour la photo et le montage), si on l’a comparé avec force superlatifs aux oeuvres de David Lean, c’est parce qu’il est le seul représentant cinématographique actuel de l’épopée romantique, si rare aujourd’hui. Mais qu’on ne s’y trompe pas: la qualité est là mais il y a bien mieux. Et seuls les amnésiques ou les nostalgiques franchement en manque peuvent soutenir que Minghella est de la même étoffe que son illustre prédécesseur.

A propos de l'auteur

Journaliste

Lorsqu'il ne gère pas la présence web de ses clients, Christophe Bruynix dévore de la fiction sous toutes ses formes. Le temps restant, il photographie, médite, soulève des poids lourds, se débat contre un "régime flexible" (fichus carbs), et il imite très bien Godzilla.