Titre français: Les Infiltrés

Equipe:
Durée: 152‘
Genre:
Date de sortie: 26/12/2006
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

The Departed” a pour cadre la banlieue sud de Boston, où la police d'état se livre à une guerre sans merci contre le crime organisé. Le jeune policier Billy Costigan (DiCaprio) a été désigné pour infiltrer le gang dirigé par Costello (Nicholson). Alors que Billy gagne rapidement la confiance de Costello, Colin Sullivan (Damon), un jeune criminel endurci infiltré dans le département de la police en tant qu'informateur de Costello, s'élève dans la hiérarchie jusqu'à occuper une position clé au sein de la Special Investigation Unit.
Chaque homme est profondément rongé par sa double vie, collectant des informations sur les plans et contre-plans des opérations dans lesquelles il est parvenu à s'infiltrer. Mais lorsque la police et les gangsters réalisent qu'une taupe s'est infiltrée en leur sein, Billy et Colin courent soudain le risque d'être attrapés et livrés à l'ennemi. Chacun doit donc s'empresser de découvrir l'identité de l'autre, pour parvenir à se sauver.

Notre critique:

Scorsese se refait une belle santé financière avec un bon gros film de commande. Soit le remake du meilleur thriller asiatique de ce début de siècle : INFERNAL AFFAIRS d'Alan Mak et Andrew Lau. Cette refonte nous offre deux visions possibles. Tout d'abord, la relecture d'un fabuleux polar et le film en tant qu'entité propre. Et les analyses ne peuvent donc qu'être diamétralement opposées.

Tout d'abord, signalons que Scorsese n'a jamais été meilleur que dans la formidable première heure de THE DEPARTED. Rythme impeccablement soutenu, concision d'une narration pourtant foisonnante, montage parallèle parfaitement maîtrisé, choix musicaux des plus opportuns. Il nous dresse le portait de ses protagonistes et des enjeux avec un bonheur jubilatoire et communicatif ! Bref, on a la trique à voir tant de savoir-faire réuni en une seule et même œuvre.
Et puis, la fiction se délite, se dilue en voulant prendre ses distances avec l'œuvre matrice. Scorsese tente de dépeindre un triangle amoureux, nous abreuve de références catholiques, plante dans les grandes lignes le sommet du suspense qu'était la chasse croisée au traître dans INFERNAL AFFAIRS, viande le suicide d'un personnage et bousille sa fin avec une gestion du politiquement correct assez mal placée… Donc, en ce qui concerne la comparaison entre les deux films, il n'y a pas photo !

Néanmoins, si on réussit à faire abstraction du premier métrage, ou si on ne l'a pas vu, THE DEPARTED offre son lot de bonnes, voire très bonnes surprises ! Car outre la mise en image, cette variation sur les thèmes propres au réalisateur nous offre une galerie de personnages remarquablement campés par leurs interprètes respectifs avec deux coups de chapeau. Tout d'abord à Leonardo DiCaprio qui nous gratifie d'une prestation musclée et tout en nuance, où de temps en temps l'ombre d'un De Niro période TAXI DRIVER montre le bout de son nez. Remarquable !
Et l'autre, c'est Jack Nicholson ! Cela faisait bien longtemps que le grand Jack ne nous avait pas autant surpris avec un personnage aussi frappadingue. Sa prestation est tout bonnement hallucinante, jouissive et diablement effrayante tant elle est barrée. Nicholson chez Scorsese, ça vaut tous les détours du monde.

Et puis, on y regardant de plus près THE DEPARTED n'est qu'un grand mac guffin, un prétexte. Cette commande, ce remake, ce scénario n'est qu'une excuse pour que Scorsese puisse dépeindre un monde en perte d'identité où tout le monde 'joue à être quelqu'un' plutôt que 'd'être quelqu'un'. Personne n'est ce qu'il est, mais montre ce qu'on attend de lui pour mieux servir les besoins quels qu'ils soient. En cela, le pari de Scorsese est réussi, et à nouveau il nous offre un opéra shakespearien bien balancé et flamboyant où les trahisons sont légions, où les meilleurs ennemis sont les plus intimes où les 'rats' dominent les hommes ! Sa verve reste impeccable et son cinéma toujours aussi percutant !

Heureux ceux qui ne connaissent pas INFERNAL AFFAIRS, ils ont devant eux un grand plaisir de cinéma conté par un réalisateur indéniablement nécessaire !

A propos de l'auteur

Journaliste