Equipe:
Durée: 123‘
Genre:
Date de sortie: 11/03/1997
Cotation: * (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

1692. Salem. La population, repliée sur elle-même, forme une austère communauté religieuse. Pour échapper à ces règles trop strictes, les jeunes filles, sous la conduite d'Abigail, se livrent à des cérémonies factices, la nuit, dans les bois. Une pratique innocente jusqu'au jour où le prêtre les surprend en train de danser nues. Pour sauver leur réputation (leur "nom") et leur vie, elles accusent certaines vieilles femmes du village de les avoir envoûtées. Le procès des prétendues sorcières devient le théâtre de tous les règlements de compte du village.

Notre critique:

Attention! THE CRUCIBLE est un très sérieux candidat à la course aux oscars 1997. C’est un drame dur et sans concession, où s’affrontent superstition et justice, jalousie et honneur. Des thèmes intemporels, des personnages forts, des acteurs au mieux de leur forme. Sûr que les glandes lacrimales vont être mises à rude épreuve…rn

En deux heures, le film pointe du doigt un ensemble de problèmes qui font frémir. En premier plan, il dénonce la crédulité d’une justice et d’une population qui s’appuient sur la bible pour rendre leur verdict. N’entend-on pas un des juges dire: « La difficulté d’un jugement pour sorcellerie, c’est que les faits reprochés sont intangibles. On ne peut écouter que deux personnes: l’accusé, mais il essayera toujours de sauver sa peau; ou l’accusateur. C’est lui qui détient donc la vérité. »? Ensuite, il s’attaque à la petitesse humaine. Poussés par la banalisation de la délation, certains villageois frustrés voient enfin l’occasion de régler leur compte. Enfin, il montre comment la justice et la quête de la vérité peuvent être submergées par la vindicte populaire.
Par la richesse de son propos, l’intemporalité de ses thèmes et la finesse de son exposé, THE CRUCIBLE dépasse de loin les productions habituelles du genre.rn

C’est Nicolas Hytner qui met en scène cette pièce d’Arthur Miller. L’adaptation est réussie. Elle exploite avec bonheur les atouts du cinéma: décors sauvages et tourmentés, mouvements de caméra amples et dynamiques. Le réalisateur de THE MADNESS OF KING GEORGES confirme ses qualités.rn

Le film puise également son énergie dans l’opposition de deux personnages: Abigail, l’instigatrice, la jalouse, la perverse, et John Proctor, le fermier honnête et bon. Hytner reprend le duo déjà mis en scène par Scorsese dans THE AGE OF INNOCENCE, Winona Ryder et Daniel Day Lewis. Leur interprétation tragique et sincère nous emporte dans cette saga où haine et passion s’entre-déchirent.
A leurs côtés, on découvre une galerie de personnages secondaires particulièrement impressionnante. C’est l’occasion de retrouver de véritables « gueules » du cinéma (Paul Scofield, Bruce Davison, Rob Campbell, Jeffrey Jones). Des visages marqués, expressifs, qui évitent heureusement de justesse l’archétype.rn

THE CRUCIBLE est un film inévitable. Il s’adresse au grand public, et possède tous les atouts des grandes productions américaines. Avec, en plus, un casting soigné, une puissance émotionnelle et une chance non négligeable de récolter quelques oscars. Alors, si vous ne voulez pas être hors jeu…

A propos de l'auteur

Journaliste