Equipe:
Durée: 102‘
Genre:
Date de sortie: 15/07/1997
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

"On s'abstiendra de représenter des scènes d'intimité violant les normes de la décence. Les aberrations (sic!) sexuelles devront être traitées avec prudence et modération."

Tel est l'ordonnance de la MPAA qui musèle encore aujourd'hui le cinéma américain quand il s'agit de dépeindre l'homosexualité. A l'époque du code Hays, c'était pire. Toute perversion sexuelle (re-sic!) était tout simplement bannie des salles obscures ou réduite à la présence bien conventionnelle et inoffensive de la folle. Malgré les interdits et les simplifications dégradantes, l'homosexualité a pourtant toujours trouvé sa place à l'écran. THE CELLULOID CLOSET nous raconte l'évolution de sa représentation en Amérique, depuis la naissance d'Hollywood à nos jours.

Notre critique:

Avec sa construction chronologique, rythmée par la répétition du couple traditionnel extrait-interview, THE CELLULOID CLOSET traite une matière énorme: 100 ans de cinéma, évoqué à travers plus d’une centaine de films et commentés par près de 30 intervenants. En fait, sa structure classique fait avaler en douceur un militantisme gay qui en aurait dérangé plus d’un.

Curieusement, ce n’est pas lorsqu’il aborde les films gay, trop directs, trop ostensibles, que THE CELLULOID CLOSET est le plus passionnant. Mais bien plutôt lorsqu’il s’intéresse aux classiques où, au détour d’un plan fugitif ou d’une ligne de dialogue à double sens, transpire une sincérité, une passion, une sensualité que l’Amérique bien pensante s’acharnait à rendre inavouable.

Pertinent dans ses analyses, THE CELLULOID CLOSET est truffé d’un humour certain. Car, même si la fermeture d’esprit est tragique, comment ne pas rire devant la bigoterie d’un William Wyler, paniqué à l’idée d’introduire un soupçon de passion homosexuelle dans son BEN HUR? Comment ne pas rire de la bêtise testostéronnée d’un Tony Scott dans LES PREDATEURS, incapable de concevoir une relation saphique autrement qu’un banal phantasme sorti de Playboy?

Les réalisateurs Rob Epstein et Jeffrey Friedman nous donnent des clés pour décoder le cinéma américain chargé de richesses insoupçonnées. Ils révèlent ces indices subtils qui permettent de voir que le ou les auteurs vont souvent plus loin que ce que la convention de la production leur impose. Ces clés ne servent pas seulement à l’homosexualité, on peut les appliquer à tous les sujets trop longtemps considérés comme dérangeants et marginaux: thèmes politiques, sociaux, subversifs, etc. Finalement, THE CELLULOID CLOSET s’impose comme un excellent éducateur du regard.

Comprenons-nous bien…

MPAA – Motion Picture Association of America: l’association des professionnels de cinéma s’est défini son « code de production », en fait son auto-censure. En 1934, le code Hays établissait une série d’interdits. D’abord très contraignant, il s’est affaibli à force d’être contourné par la subtilité de nombreux films, jusqu’à tomber carrément en désuétude dans les années soixante. Il est remplacé aujourd’hui par un système de ratification (G, PG, PG-13, R, NC-17, X, n’hésitez pas à aller faire un tour sur l’IMDB pour quelques exemples). Lire à ce propos l’excellent texte consacré à l’évolution de la censure dans 50 ANS DE CINEMA AMERICAIN de Tavernier et Coursodon, éd. Omnibus.

Pour BEN HUR, le scénariste Gore Vidal lui suggérant de pimenter la relation amicale rigide entre Ben Hur et Messala, William Wyler s’est littéralement senti foudroyé, ne pouvant rien dire d’autre que : « Vous n’y pensez pas! C’est un épisode de la vie du Christ! ».

Dans LES PREDATEURS, Tony Scott avait imaginé une scène d’amour d’une affligeante platitude entre Catherine Deneuve et Susan Sarandon. Susan Sarandon aurait dû renverser un verre de vin sur son chemisier. Catherine Deneuve devait en profiter pour la déshabiller. D’abord rétive, Susan, grisée par l’alcool, finit par s’abandonner, etc… Et Susan Sarandon de rappeler à son réalisateur: « Dites, sérieusement… Vous pensez vraiment qu’il faut être saoûl pour se laisser faire par Catherine Deneuve?« 

A propos de l'auteur

Journaliste

Lorsqu'il ne gère pas la présence web de ses clients, Christophe Bruynix dévore de la fiction sous toutes ses formes. Le temps restant, il photographie, médite, soulève des poids lourds, se débat contre un "régime flexible" (fichus carbs), et il imite très bien Godzilla.