Titre français: Les proies
Réalisation: Sofia Coppola
Interprètes: Nicole Kidman, Kirsten Dunst, Elle Fanning, Colin Farrell
Scénario: Thomas Cullinan, Albert Maltz

Durée: 93‘
Genre: Drame
Date de sortie: 20/09/2017
Cotation: ** (de ooo -restez chez vous- à **** -rdv de toute urgence au cinéma)

1864 en Virginie. Emily, une jeune fille, ramasse des champignons dans les bois lorsqu’elle rencontre un soldat yankee blessé. Attendrie par cet ennemi mourant, elle décide de la ramener au pensionnat d’où elle vient.

C’est en 1971 que Don Siegel adapte le roman de Thomas Cullinan pour en faire un film plutôt sulfureux et critique vis-à-vis d’une certaine époque de l’histoire américaine. Clint Eastwood marquait de son empreinte virile ce THE BEGUILED au milieu d’un casting féminin très solide emmené par Geraldine Page.

En 2017, après s’être fait un prénom en quelques films (notamment THE VIRGIN SUICIDES, LOST IN TRANSLATION), Sofia Coppola, née au moment de la sortie du THE BEGUILED de Don Siegel, propose une nouvelle adaptation de ce roman, plus moderne, mais aussi plus bling bling avec un casting plus orienté stars.

Du point de vue de la mise en image et de la mise en scène, THE BEGUILED, présenté à Cannes cette année, propose de vrais tableaux paysagers se donnant même par moment des airs à la PICNIC AT HANGING ROCK. Le scénario est plus ramassé aussi que dans la première version, jouant moins sur les intrigues et sur les jalousies avec un ton plus direct où la suggestivité est dialoguée mais pas mise en images. C’est la peur et l’horreur qui se dégagent avant la tension sexuelle ou sociale.

Et c’est peut-être là que le bât blesse le plus entre les deux versions. Alors que nous sommes plus de 45 ans plus tard, que la pornographie s’étale sur les écrans d’ordinateur et de télé (qu’on le veuille ou non), que la représentation des corps nus est omniprésente dans les affichages publicitaire, THE BEGUILED version Sofia est d’un puritanisme effrayant. Le scénario et la mise en scène gomment toutes allusions qui pourraient être déplacées (il suffira de prendre pour exemple les deux séquences de début de chacun des films pour en juger), éliminent les tensions sexuelles sous-jacentes entre cet homme et les femmes de ce pensionnat (ce qui est pourtant un des sujets du film) pour les remplacer par un côté plus superficiel, plus voyeuriste et moins suggestifs dans l’horreur.

Mais ce n’est finalement pas si étonnant que cela quand on voit que la société dans laquelle nous vivons est bien moins libérée qu’il y a 40 ans. Et même si THE BEGUILED 2017 vaut la peine d’être vu, il ne prendra sa vraie dimension témoignage de son temps qu’au travers de la vision du film de Don Siegel. Qu’on se le dise!

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A propos de l'auteur

Eric Van Cutsem
Journaliste

Journaliste indépendant dès 1989 qui, depuis cette époque, se pose toujours la question de savoir si il est journaliste, informaticien, biologiste ou ... extra-terrestre. Peut–être un peu tout ça pensent certains...