Equipe:
Durée: 94‘
Genre:
Date de sortie: 17/09/2002
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Dix séquences de la vie émotionnelle de six femmes et les défis auxquels elles sont confrontées à une étape particulière de leur vie, qui pourraient aussi bien être dix séquences de la vie émotionnelle d’une seule et unique femme.

Notre critique:

C’est à une bien étrange et inattendue ballade dans les rues de Téhéran que nous convie Abbas Kiarostami pour son nouveau film. Avec pour unique décor l’intérieur d’une voiture et pour seuls personnages sa conductrice et les passagers qui vont s’y succéder, une caméra numérique fixée au rétroviseur (limitant la mise en scène à deux axes de prises de vue), le réalisateur iranien invente ainsi un nouveau genre de road movie qui a de quoi étonner mais aussi déconcerter. Si l’idée de départ peut paraître farfelue ou saugrenue, elle s’inspire pourtant d’un fait réel: l’histoire d’une psychanalyste iranienne contrainte de recevoir ses patients dans sa voiture après s’être vue interdite d’exercer sa profession dans son cabinet.

Séduit par cette anecdote et l’idée qu’une voiture au delà du moyen de transport puisse se transformer en un lieu de parole et d’échange, dans ce décor minimaliste, Kiarostami va pendant une heure et demie s’attacher à filmer comme seuls évènements, les conversations entre la jeune conductrice (ici une photographe) et les différents passagers qui vont se succéder au hasard de sa route. A mi-chemin du documentaire et de la fiction, construit en dix plans correspondant chacun à une rencontre différente, au gré des conversations intimes qui se nouent et des sentiments et émotions qui circulent, TEN dessine progressivement le portrait de cette jeune femme tout en mettant subtilement en lumière, le paysage social, affectif et religieux dans lequel se développe la condition féminine en Iran.

A ceux qui ne conçoivent le cinéma que dans l’action ou le mouvement, et ne jurent que par les champs et contrechamps léchés au service de dialogues onomatopéiques et d’un scénario bétonné, ce trajet dépouillé hors des sentiers balisés peut sérieusement vous donner le mal des transports et vous indisposer. Avec cette volontaire économie de moyens, ce choix de nous montrer toujours qu’un des deux interlocuteurs (ou même parfois de refuser de filmer son image), ses monologues bavards où tout est à deviner, TEN est un drôle de prototype qui réclame le plein des sens et refuse la conduite assistée. Routards du 7ème art et curieux des salles obscures, si vous être prêts à jeter les clefs du cinéma traditionnel, ce voyage peut pourtant vous emmener très loin sur les chemins de la liberté.

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Journaliste

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