Equipe:
Durée: 118‘
Genre:
Date de sortie: 04/12/2001
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Sans doute bien au chaud dans le ventre de sa mère et pas vraiment pressé d’en sortir c’est avec 13 jours de retard que Tanguy décida de pointer le bout de son nez. A la vue de sa jolie frimousse, ses parents impatients et enthousiastes lui firent la promesse qu’il pourrait rester avec eux toute sa vie si il le souhaitait. Mais Paul et Edith ne croyaient pas si bien dire et n’imaginaient pas à quel point cette déclaration d’amour à leur nourrisson allait s’avérer prophétique. 28 ans plus tard, grand dadais souriant et affectueux, Tanguy n’a toujours pas quitté le cocon familial qu’il trouve parfaitement à son goût lui qui n’en finit pas de faire de brillantes et interminables études. Normalien, agrégé de philo, spécialiste de japonais, enseignant à la faculté et une thèse de chinois sous le coude, le rejeton modèle bien que gagnant parfaitement sa vie, squatte et s’accroche à l’appartement de ses géniteurs comme une moule à son rocher. Excédés par cette incruste qui s’éternise, ses parents pourtant compréhensifs et ouverts vont progressivement prendre en grippe leur fiston jusqu’à ce que l’overdose se fasse sentir. Ne supportant plus de voir son linge sale traîner, le va-et-vient incessant de ses nombreuses conquêtes féminines et sa fâcheuse manie de conclure toute discussion par un proverbe chinois, Edith et Jean vont complètement disjoncter et unir leur haine et leurs forces pour pourrir la vie de leur drôle d’oiseau de fils afin de lui faire quitter au plus vite le nid douillet.

 

Notre critique:

Avec trois films en 12 ans de carrière Etienne Chatiliez n’est peut-être pas un stakhanoviste du cinéma mais à chaque fois la machine à rire qu’il déclenche est un tel moment de jouissance pour les zygomatiques qu’on lui pardonne ses trop longues absences. Après six ans de silence radio, il aura suffit d’un fait divers anodin repéré dans un journal (un Italien de 31 ans fait un procès à sa mère qui avait tenté de le mettre dehors en changeant les verrous) et d’un banal constat statistique (les jeunes restent de plus en plus tard chez leurs parents) pour réveiller en lui cet humour grinçant et ce goût féroce pour les situations tordues que sa caméra sait si bien passer à la moulinette. Amateur de personnages hauts en couleurs et brosseur de portraits pittoresques, pour son quatrième rendez-vous le créateur de la croustillante famille Groseille continue d’agrandir la galerie et nous présente son petit dernier, insupportable et horripilant à souhait.

Avec son air de premier de la classe, son CV aussi long qu’une liste de courses et son côté  » Monsieur je sais tout « , son Tanguy réveille rapidement en nous une irrésistible et réjouissante envie de lui donner des claques. C’est donc avec un pur bonheur et dans une grande jubilation que l’on prend plaisir à voir les parents de l’énergumène s’ingénier à trouver les pires subterfuges et les stratagèmes les plus vicelards pour le dégoûter et le faire vider les lieux. De mesquineries en vacheries le duo Azéma / Dussolier est une vraie petite réussite et les deux acteurs semblent réellement se régaler à jouer les parents terribles capables de tout. Devant tant d’imagination diabolique et perverse, l’œil brillant et la bouche pendante on en redemande même si par moments le scénario a tendance à un peu s’essouffler. Du coup on en vient à  regretter le virage final qu’emprunte Chatiliez comme si coupable et un peu honteux de ses méfaits il tentait de se racheter une conscience en nous offrant un dénouement façon dépliant touristique pour les JO de Pékin.

TANGUY est une vraie comédie populaire au sens le plus noble du terme qui sait efficacement et avec beaucoup de drôlerie bousculer et renverser les valeurs et les idées bien pensantes sans jamais se prendre au sérieux. Entre farce cartoonesque et dossier de société traité façon burlesque, Etienne Chatiliez confirme son talent de trublion et nous prouve qu’il n’a rien perdu de sa savoureuse verve acide et de sa délicieuse insolence. A coup sûr, vous adorerez haïr son  » Pékinois « , promis !

 

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Journaliste

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