Titre français: Jours Etranges

Equipe:
Genre:
Date de sortie: 16/04/1996
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

30 décembre 1999. Los Angeles en constant état de siège se prépare à fêter énergiquement le changement de millénaire. Au milieu des bagarres, des émeutes raciales et des interventions militaires, Lenny Nero vend au marché noir une marchandise peu commune : les squid. Ces enregistrements cérébraux permettent au consommateur de revivre toutes les sensations d'expériences vécues. Sexe et ultra-violence constituent la majorité de sa marchandise. Sa vie de dealer médiocre bascule lorsqu'il se retrouve en possession du squid montrant l'assassinat d'un leader révolutionnaire noir...

Notre critique:

James Cameron et Kathryn Bigelow ont toujours partagé les mêmes thèmes et le même goût pour le cinéma d’action vigoureusement torché. Après un mariage éphémère, ils s’entendent toujours bien pour nous offrir l’impressionnant STRANGE DAYS.

Film noir dense et visionnaire, STRANGE DAYS se prend comme un coup de poing dans la gueule, à la manière des romans de James Ellroy, dont il partage la hargne, la recherche psychologique et les préoccupations sociales. Inspiré d’événements récents (les émeutes raciales de L.A. et le passage à tabac de Rodney King), il envisage le pourrissement des conflits et présente une Amérique au bord de la guerre civile. L’image fait peur. STRANGE DAYS met aussi en lumière une certaine généralisation des plaisirs morbides, dont il s’alimente pourtant avec jubilation (le paradoxe de la dénonciation de la violence par la violence…). Enfin, le film aborde de front l’envahissement du quotidien par les technologies de communication. Pas de dénonciation aveugle, mais un questionnement : les squids permettent autant de vivre des perversions ‘proprement’ que d’empêcher une révolte sanglante et stérile. Par la même occasion, Cameron et Bigelow proposent une réflexion annexe sur leur cinéma numérisé : quels sont ses avantages, ses forces, ses limites et ses excès ?
Car STRANGE DAYS est un tour de force informatique : de nombreuses images ont été retravaillées par ordinateur de manière totalement invisible. Ce qui nous offre d’époustouflantes vues subjectives (les squids) et des scènes de foules immenses (on imaginait mal le réveillon de l’an 2000 tourné dans un appartement). Kathryn Bigelow, à la pointe du progrès, ne se laisse pas dicter ses thèmes et sa mise en scène par la technologie. Au contraire, comme Cameron dont l’influence est très sensible, Kubrick ou Cronenberg, elle la soumet à sa vision. Le futur virtuel qu’elle nous propose est à la fois spectaculaire et incroyablement plausible.

Du côté personnages, on retrouve les archétypes cameronniens. Ralph Fiennes se coule aisément dans Lenny Nero, poltron et faiblard. Angela Basset joue des muscles avec conviction et rejoint Sigourney Weaver et Linda Hamilton dans la galerie des femmes-guerrières si chères à l’auteur des TERMINATOR. Vincent d’Onofrio retrouve son masque de tireur cinglé de FULL METAL JACKET et Michael Wincott rempile dans son rôle de crapule à la voix grave.

Dans le concert de louanges méritées pour STRANGE DAYS, on pourra juste reprocher à Kathryn Bigelow son optimisme final. Bien que louable, il est un petit peu forcé. L’histoire laisse présager un embrasement généralisé et s’accommode mal de son happy end. Mais même si le message est tronqué, le cri d’alarme passe clairement. C’est le plus important.

A propos de l'auteur

Christophe Bruynix
Journaliste

Lorsqu'il ne gère pas la présence web de ses clients, Christophe Bruynix dévore de la fiction sous toutes ses formes. Le temps restant, il photographie, médite, soulève des poids lourds, se débat contre un "régime flexible" (fichus carbs), et il imite très bien Godzilla.