Titre français: La Guerre Des Etoiles (Edition Spéciale)

Equipe:
Durée: 124‘
Genre:
Date de sortie: 18/03/1997
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Il y a longtemps, dans une galaxie très lointaine... La Rébellion résiste à l'Empire Galactique. Au milieu de la guerre civile, Luke Skywalker tente de sauver la Princesse Leia des prisons de l'Etoile de la Mort...

Notre critique:

En 1977, les marmots nés au début de la décennie découvraient STAR WARS, les yeux et la bouche grands ouverts de fascination. On découvrait une nouveauté incroyable. Un film-concept qui mélangeait le plus ancien (l’histoire iniatique éternelle d’un jeune chevalier lancé dans la lutte du Bien contre le Mal pour les beaux yeux d’une princesse à la coiffure exotique) avec le plus moderne (le cosmos, les lasers qui explosent dans tous les sens, les aliens, etc.). Mélange détonnant, à la fois rassurant par sa mythologie on ne peut plus classique et surprenant par l’imaginaire qui y était matérialisé.

En vingt ans le film ne peut pas avoir pris une ride, car STAR WARS est devenu le moule, l’archétype du cinéma de divertissement d’aujourd’hui: un grand spectacle technologique tenu par une ligne dramatique simple et linéaire. La formule appliquée telle quelle est loin de n’avoir donné que des bons résultats (on accuse souvent ce type de cinéma de n’être qu’une rutilante coquille vide). Mais STAR WARS est la perfection même: il rejoint les mythes collectifs avec tant de justesse dans un spectacle tellement entraînant qu’il court-circuite le jugement. On dira ce qu’on voudra: STAR WARS a ce quelque chose d’éternel enfui dans l’inconscient de l’humanité. La critique sérieuse avait accusé George Lucas d’avoir écrit une histoire simpliste, enfantine voire infantile: mauvaise fois que tout cela. Que ceux qui n’ont pas rêvé à la lecture du CYCLE ARTHURIEN ou du SEIGNEUR DES ANNEAUX, aux ingrédients rigoureusement semblables, lui jettent la première pierre…

Il est vrai que sur la réussite artistique de STAR WARS est venue se greffer une autre, beaucoup plus discutable: la réussite financière qui a pourri le jugement de la critique jusqu’à lui faire dire n’importe quoi. On accuse Lucas d’incarner Hollywood dans toute son horreur économique, lui niant un statut de créateur. Rien n’est moins faux… On oublie toujours de mentionner que la GUERRE DES ETOILES était produit avec un budget minuscule (masqué par une inventivité constante), que sa sortie était discrète (c’est le bouche à oreille croissant qui a fait son succès). On oublie de dire que Lucas est totalement indépendant du système américain, à l’instar des frères Coen ou de Tom DiCillo. Il a même quitté le syndicat des réalisateurs, acte d’autonomie dont se piquent fièrement Quentin Tarantino et Roberto Rodriguez… Pourquoi ce qui est bon pour eux ne le serait pas pour Lucas? D’accord, un indépendant californien qui ramasse près de 300 millions de dollars par film, a quelque chose de moins romantique qu’un barbu new-yorkais ramant pour réunir ses thunes…

Pourquoi L’EDITION SPECIALE? Pourquoi avoir ajouté ou modifié informatiquement certains plans. Pour le fric disent certains: le merchandising autour de la sortie ne leur donne pas tort. Pour une raison artistique insiste Lucas: il veut faire correspondre ses trois films à sa volonté originale que faute de temps et d’argent il n’avait pu concrétiser à l’époque (rappel: STAR WARS=petit budget!). A-t-on le droit de manipuler un film des années après sa sortie? Est-ce un crime? Une hérésie? Ceux qui le prétendent n’ont pas levé le petit doigt lors du chipotage informatique des couleurs du JOUR DE FETE de Tati. Ils n’ont pas bougé non plus lorsque David Lynch a refait toute sa bande-son de ERASERHEAD avec les moyens techniques actuels… Mais encore une fois, quand le succès phénoménal est là, le droit légitime d’un réalisateur à faire correspondre son oeuvre à sa vision devient mystérieusement suspect…

Donc oublions toutes ces considérations critiques extérieures. Pour le vrai plaisir, fonçons revoir les trois!

STAR WARS, l’original: drôle, rapide, inventif, surprenant. Un mélange d’épopée et de légèreté feuilletonesque plaisant en diable…

THE EMPIRE STRIKES BACK, le meilleur! C’est l’antithèse du premier. Avec son imagerie plus sombre, il est plus sérieux, plus lent, plus cérébral: on y parle de religion avec plus de profondeur et de douloureuses relations père-fils. La défaite des héros, spectaculaire (l’attaque sur la planète des glaces, la flotte impériale) et constante laisse un goût amer: le pur divertissement se charge de gravité. Même l’humour est franchement macabre: il faut voir Darth Vader dégommer son état-major au gré de ses sautes d’humeur…

Pour THE RETURN OF THE JEDI, il y a réserve. George Lucas, vraisemblablement fatigué, a eu la curieuse idée d’adresser son film aux enfants de 8 ans: d’où une fascination débilitante pour l’action sans suite et les bébêtes pleines de poils. Le sérieux imposé par le numéro deux se fait massacrer. Envahie par une horde de bisounours gnoumougnoumignons, toute la mythologie de Lucas en prend un sacré coup. Allez le voir parce qu’il faut bien finir l’histoire, mais ne vous étonnez pas d’être déçus…

A propos de l'auteur

Christophe Bruynix
Journaliste

Lorsqu'il ne gère pas la présence web de ses clients, Christophe Bruynix dévore de la fiction sous toutes ses formes. Le temps restant, il photographie, médite, soulève des poids lourds, se débat contre un "régime flexible" (fichus carbs), et il imite très bien Godzilla.