Equipe: Debbie Honeywood, Ken Loach, Kris Hitchen, Paul Laverty, Rhys Stone
Durée: 100‘
Genre: Drame social
Date de sortie: 31/12/2019
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Ricky a fait des milliers de petits jobs pour survivre. Et là, il souhaite devenir son propre patron en devenant franchisé pour un service de courrier express. Mais pour ça, il lui faut un van et il lui faut aussi emprunter alors que sa situation familiale est délicate...

Notre critique:

Des années de présence à Cannes, deux Palmes d’Or, la figure de proue du cinéma social mondial, Ken Loach, est de retour. La dernière fois, avec I, DANIEL BLAKE, il a remporté la récompense suprême. Passer après ça, c’est toujours compliqué. N’ayez nulle crainte, Loach a l’habitudes des challenges et, avec ce SORRY WE MISSED YOU, il maintient un niveau de qualité élevé, malgré des défauts apparents pourtant propres au style du réalisateur britannique.

Ricky va démarrer un nouveau boulot, livreur. Pour ce faire, il doit acquérir sa propre camionnette. Les conditions ne sont pas folles, il y a peu d’assurances mais, si le travail est bien fait, il y a moyen de gagner sa vie confortablement. Pour pouvoir acheter la camionnette, il va falloir vendre la voiture familiale, celle qu’Abbie utilise pour son travail d’infirmière à domicile. Bref, la situation financière familiale n’est pas facile. Les deux parents doivent travailler, faire d’énormes concessions et aussi s’occuper de leurs deux enfants dont l’ainé, Seb, pose des difficultés dues à son comportement.

A nouveau, Ken Loach se plonge dans le monde du travail. On se prend les évolutions du 21esiècle de plein fouet dans la figure. La principale problématique, c’est l’ubérisation du monde du travail. Ce « do it yourself » qui fait que les travailleurs ont de moins en moins d’assurances, doivent travailler de plus en plus pour, à peine, obtenir des conditions de vie décentes. Ricky se tue au boulot. Il devient rapidement un employé modèle mais, les contraintes de son travail et la réalité du quotidien familial vont rapidement le travailler. Un jour de boulot manqué sans avoir trouvé de chauffer en remplacement? C’est £100 d’amende. Rien que ça. Une urgence médicale survient? Abbie doit faire le nécessaire pour s’y rendre et, sans voiture, c’est très compliqué. Bref, la vie de la famille Turner va connaître des remous.

Cette plongée dans le monde familial, inhabituelle à ce point là chez Ken Loach, est des plus réussies. Rarement il en avait fait un pilier si central. En tout cas, rarement il l’avait exploré autant. La sphère familiale est éclatée et pourtant, elle doit se serrer les coudes. Les tensions sont nombreuses. Entre le père et son fils, entre Rick et Abbie, entre Rick et son patron. Tout le monde est à cran et va devoir tenter d’apprivoiser l’autre afin de renouer le contact parfois perdu depuis longtemps.

Ken Loach va loin dans son histoire mais, comme il l’a déjà fait à plusieurs reprises, il ne va parfois pas loin assez comme l’illustre cette fin ouverte. C’est dommage car le récit aurait peut-être pu gagner en force, surtout après avoir été sous tension pendant tout le film.

Cette tension permanente est aussi le fruit du désespoir des personnages et donc du travail de leurs interprètes. Si Kris Hitchen, qui incarne Ricky, n’en est pas à son coup d’essai, Debbie Honeywood (Abbie) est une parfaite débutante. Elle cristallise pourtant toute l’attention sur elle, tant elle juste. Son énergie communicatrice embrase le film, elle est le socle de la famille. Les rôles des enfants sont tous aussi bons que les adultes. C’est une véritable prestation d’équipe parfaitement cohérente qui est proposée par cet excellent casting. Ken Loach sait dénicher les talents, il le prouve encore ici.

Bref, SORRY WE MISSED YOU est du Ken Loach pur jus, la parfaite illustration du cinéma britannique. Il pousse son cinéma un peu plus loin en s’intéressant davantage à la sphère familiale, sphère qui sert plus souvent de contexte dans son œuvre. Elle prend ici le premier rôle, ce qui confère au film cette touche différente par rapport au reste de l’œuvre de Loach. Dommage qu’il y ait quelques facilités scénaristiques ainsi que cette fin qui ne va pas au bout des choses mais, pas d’inquiétude, cela reste un Ken Loach d’excellente facture.

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A propos de l'auteur

Thibault van de Werve

Ce jeune passionné de cinéma, formé entre autres au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, affectionne en particulier Steven Spielberg, Terrence Malick et Alejandro Gonzalez Iñárritu. Il écume avec passion les visions de presse et les nombreux festivals belges, où il s'est déjà retrouvé juré (Brussels Film Festival, Festival du Film d'Amour de Mons, Festival du Film Policier de Liège...), tout en officiant par ailleurs pour les pages culturelles de La Libre Belgique.