Equipe:
Durée: 95‘
Genre:
Date de sortie: 20/04/2004
Cotation: o (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Thomas meurt. Thomas accepte de mourir. C'est ici dans la maison au bord de l'océan, la maison de l'enfance, qu'il choisit d'attendre de mourir. Je suis auprès de lui. C'est encore l'été. J'ignorais qu'on pouvait mourir en été. Je croyais que la mort survenait toujours en hiver, qu'il lui fallait le froid, la grisaille et la désolation. Je découvre qu'elle peut tout aussi bien exercer sa besogne en plein soleil, en pleine lumière. Je songe que Thomas l'accueillera en pleine lumière.Cet hiver, quand il était à l'hôpital, je croyais que cela commencerait par un engourdissement des membres, une contraction, et qu'il y aurait soudain une urgence, une précipitation, une violence. Mais non: c'est la nonchalance, une sorte de vacance, une lenteur, un renoncement dans la chaleur.
Cette mort prévisible, attendue, causera pourtant un cataclysme. Elle rejaillira sur nos existences à tous. Elle les modifiera, leur fera prendre une direction imprévue. Elle opérera un dérèglement de nos vies, sans qu'aucun d'entre nous ne parvienne à s'y opposer. Cette mort sera le plus grand événement. Mon frère meurt.

Notre critique:

C’est sur ces mots de douleur et de désespoir tirés du roman éponyme de Philippe Besson que débute SON FRERE, le nouveau film de Patrice Chéreau qui faute de n’avoir pu assouvir ses ambitions titanesques (Napoléon avec Al Pacino) s’est rabattu sur ce qui n’était au départ qu’un projet de téléfilm pour la chaîne Arte. Une nouvelle fois récompensé par un Ours (cette fois d’argent) au Festival de Berlin, bien entendu salué par la critique sous un déluge d’éloges dithyrambiques (œuvre rare, intense, bouleversante de sérénité…), j’ai l’impression en écrivant ces lignes de me retrouver dans le même cas de figure qu’avec INTIMACY il y a 3 ans où agacée par tant de glorification snobinarde et un brin hypocrite, je sautais à pieds joints dans le plat pour faire taire les brosses à reluire.

Au risque donc de me répéter et de finir par croire que je souffre de « Chéreau-phlébite » aiguë et sévère, oui je le redis le cinéma du monsieur et son petit dernier en particulier, ne déclenchent pas systématiquement admiration sans bornes et respect pour son génie. Sans aller jusqu’à l’allergie et la crise d’urticaire, la chose peut donc aussi irriter sérieusement et n’éveiller chez le brave spectateur qu’embarras appuyé et ennui profond. Après les étreintes frénétiques d’INTIMACY balancées crûment et froidement sur l’écran, en observateur distant et brutal, cette fois Chéreau nous oblige à nous immiscer sans pudeur au plus profond d’une relation ambiguë et éprouvante entre deux frères que la vie avait séparés et que la maladie puis la mort vont faire se rejoindre.

Plus que jamais fidèle à ses vieilles marottes et à sa volonté de filmer le réel de façon animale et organique, sans pitié ni jugement Chéreau traque de l’œil de sa caméra les corps de ses personnages pour les faire parler. Maladie, décrépitude, souffrance, la pauvre carcasse décharnée du frère aîné meurtri est mise à nu dans son aspect le plus dérangeant comme cette interminable séquence filmée en temps réel où son corps est complètement rasé avant son opération. Dans une mise en scène anémique sous forme de flash-back où il alterne rivages Bretons (où les deux frangin apprennent à se réapprivoiser) et couloirs blafards d’hôpital où l’on assiste à la lente agonie (avec en prime de sordides détails cliniques), une fois de plus monsieur Chéreau compte beaucoup sur la performance de ses acteurs (Eric Caravaca et surtout Bruno Todeschini) pour essayer de bousculer et secouer nos pauvres petits esprits mortels. Bref, sublime et touchante tragédie ou tout simplement plate et sordide veillée funèbre, appelez ça comme vous voudrez et passons à autre chose.

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Journaliste

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