Equipe:
Durée: 117‘
Genre:
Date de sortie: 17/09/2002
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Victor Taransky (Al Pacino), réalisateur, producteur, auteur, est en bout de course. Autrefois reconnu, il n'est maintenant plus qu'un 'has been' qui, en plus, vient de voir l'actrice principale de son film lui claquer la porte au nez. C'est alors qu'un homme, lui aussi à la fin de sa vie, lui propose une folie: une actrice virtuelle, un amalgame de ce qui se fait de mieux en matière d'actrice et de technologie. Après quelques hésitations Taransky se lance dans l'aventure sans savoir que sa vie est elle aussi en passe d'être bouleversée par la venue de Simone...

Notre critique:

Le réalisateur néo-zélandais Andrew Niccol nous avait gratifié d’un GATTACA, véritable perle d’anticipation dont le contenu et la forme avaient tout pour séduire. Le scénariste Andrew Niccol nous avait ensuite enchanté en livrant THE TRUMAN SHOW, une fable moderne sur les médias et la communication. Avec ces deux films à son actif, deux réussites acclamées tant par le public que par la critique, Andrew Niccol était plus qu’attendu au tournant!

Si GATTACA reposait sur un ressort dramatique, SIMONE est clairement à prendre sur le ton de la comédie. Mais comédie ne veut pas dire que le sujet abordé n’est pas à prendre au sérieux. Sur une toile de fond d’anticipation, Niccol aborde à nouveau ses sujets de prédilection: la quête de la perfection, l’usurpation d’identité ou encore la difficulté de discerner le vrai du faux (dans le sens d’un Philip K. Dick). En nous balançant du second degré à longueur de film, en ironisant constamment sur le monde sans pitié d’Hollywood (la femme du réalisateur est aussi son producteur) et en poussant la dérision jusque dans ses derniers retranchements (la poupée Barbie en ombre chinoise), il parvient à faire merveilleusement passer toutes ses préoccupations avec une magie et un bonheur qui ne peut que toucher le spectateur. Bien sûr son sujet est à la limite du simpliste, mais comme dans ses autres films c’est son traitement qui est formidable et qui emportera sans problème l’adhésion du public.
Tout le film est en définitive un gigantesque tour de passe-passe avec Simone qui est finalement un faux faux (puisqu’interprété par le mannequin canadien Rachel Roberts), tour qui s’emboîte dans une série de poupée s russes manipulées par Victor Taransky – Al Pacino dévoilant peu à peu la réalité de Simone.
A l’instar d’un Kubrick, Niccol manipule le spectateur, le faisant adhéré inexorablement à son propos ironique sur la vie et ses faux-semblants.

Pour un film dont le propos est aussi de parler des acteurs virtuels, se payer Al Pacino est encore un pied de nez à prendre largement au second degré. Mais en plus, faire dire à ce même Pacino au travers de son rôle qu’il ne peut pas travailler avec des faux, devient jubilatoire. Pacino est, qui en douterait, remarquable, tient quelques monologues (ou dialogues virtuels avec son interprète Simone) à bout de bras et rend crédible toutes les scènes où il apparaît, même les plus ironiques. On prend aussi plaisir à retrouver Katherine Keener (BEING JOHN MALKOVICH) en productrice hollywoodienne caricaturale: stupide, superficielle et très cupide. Mais est-ce finalement si cliché que ça?

Dans un paysage cinématographique où la grossièreté se le dispute à l’inanité, SIMONE est un ovni, ou peut-être est-ce un film virtuel?

A propos de l'auteur

Eric Van Cutsem
Rédacteur en chef/Journaliste

Journaliste indépendant dès 1989 qui, depuis cette époque, se pose toujours la question de savoir si il est journaliste, informaticien, biologiste ou ... extra-terrestre. Peut–être un peu tout ça pensent certains...