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Genre:
Date de sortie:
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Deux flics que tout oppose (Brad Pitt et Morgan Freeman) : l'un est jeune, l'autre vieux; l'un blanc, l'autre noir; l'un volontaire, l'autre renoncé. Ils poursuivent un dangereux psychopathe ( Kevin Spacey ) qui élimine très (très très) cruellement des innocents en suivant les sept péchés capitaux.

Notre critique:

SEVEN n’est pas un « psycho-killer » de plus dans la série morne des productions commerciales. SEVEN appartient à ces grands films de genre qui dépassent de loin leur anecdote pour amener une réflexion profonde sur l’Homme. Si, si. Attention : chef-d’oeuvre !

Au départ pourtant, du classique. Mais l’intelligence du scénario fait bien vite oublier la sensation de déjà-vu.

On vit plus une chronique policière qu’un thriller. Le scénariste Andrew Walker s’est imposé l’exercice difficile et payant de toujours garder le point de vue des policiers. Il évite ainsi le suspense mécanique, laissant la place à un mélange fascinant de lenteur et de surprises brutales. L’excellente construction de la machination du tueur a de quoi prendre au dépourvu le plus blasé des spectateurs.

Mais au-delà de l’histoire, il y a une vision : noire, désespérée, celle du puissant réalisateur David Fincher qui a su lui donner une véritable dimension universelle. Tout fonctionne par symbole : la lumière (superbe photo de Darius Kondji), la pluie, les immeubles en ruine, les rues poisseuses et bruyantes, l’anonymat -ni la ville ni le tueur n’ont un nom– les péchés, les deux figures archétypales des policiers,… La boucherie à laquelle nous assistons peut se passer n’importe où, frapper n’importe qui, être accomplie par n’importe qui. Le délabrement est généralisé. Rarement cette impression de déliquescence, de décadence d’une société a été aussi bien rendue dans un film. Heureusement, le réalisateur ne cherche ni les causes, ni ne propose de solutions forcément réductrices. David Fincher pose les questions essentielles. C’est un visionnaire, pas un donneur de morale.

La redécouverte de David Fincher est heureuse car beaucoup (dont nous, c’est vrai) avaient ricané devant le désastre d’ALIEN 3. C’est vrai qu’une telle production était fort lourde pour ce jeune réalisateur qui n’avait que des clips vidéos et de pubs à son actif. De l’audacieux poème noir et mystique qu’il avait imaginé, les producteurs n’ont laissé que quelques lambeaux d’idées fortes, mal reliés par les apparitions grand-guignolesques de l’alien. Mais ce film maudit est maintenant oublié. Et grâce à SEVEN, David Fincher tient son vrai départ. Un artiste à suivre.

Notes

Le tueur se fait appeler « John Doe », le « Monsieur-tout-le-monde » américain. John Doe est aussi le terme utilisé par la police américaine pour désigner un cadavre non-identifié.

« Personne ne hait autant ALIEN 3 que moi. Le film que j’ai tourné n’a rien à voir avec celui que j’avais en tête. », a déclaré David Fincher. Et on le comprend tant la production a trituré son film. Supprimée l’idée de ne faire apparaître Ripley qu’après 40 minutes de film. L’ambiance de la prison a été édulcorée. Le médecin amoureux de Ripley devait être tué par elle, non par l’alien. Et surtout -image tartignole suprême-, le bébé alien ne devait pas sortir du ventre de Ripley en pleine chute.

A propos de l'auteur

Christophe Bruynix
Journaliste

Lorsqu'il ne gère pas la présence web de ses clients, Christophe Bruynix dévore de la fiction sous toutes ses formes. Le temps restant, il photographie, médite, soulève des poids lourds, se débat contre un "régime flexible" (fichus carbs), et il imite très bien Godzilla.