Equipe:
Durée: 170‘
Genre:
Date de sortie: 29/09/1998
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Normandie 1944. Peu après le débarquement allié, 8 marines sont envoyés derrière les lignes allemandes pour retrouver le soldat Ryan, dont les 3 frères ont été abattus pendant le débarquement.

Notre critique:

Après les grosses bèbêtes de THE LOST WORLD et la naïveté gluante de AMISTAD, on avait craint pour Spielberg. LA LISTE DE SCHINDLER n’aurait-il été que son seul film adulte ? SAVING PRIVATE RYAN vient heureusement prouver le contraire. Comme si revenir à la seconde guerre mondiale, sujet qui manifestement l’obsède, lui faisait oublier ses réflexes d’adolescent divertissant pour une maturité chargée de profondeur.

SAVING PRIVATE RYAN parle de patriotisme. De deux manières contradictoires. Mal dans des scènes de papotes : un général couvert de médaille récite du Abraham Lincoln ; entre deux combats, on discute de la maison, de maman,… C’est ronflant et bien raté. Heureusement, ces scènes sont peu nombreuses. Car il en parle fort bien dans tout le reste du film.

D’abord, dans les plans d’ouverture et de clôture (une bannière étoilée flotte tristement au vent dans une lumière terne, passée), qui nous emmènent à des kilomètres de l’héroïsme fabriqué, colporté par la majorité de la production hollywoodienne sur le sujet (LE JOUR LE PLUS LONG en tête). Certains y voient une négation du patriotisme, d’autres la douleur du prix qu’il faut lui payer. Quelle que soit l’interprétation, tous s’accordent à dire qu’il n’y a pas de gloire de pacotille mais bien quelque chose de beaucoup plus viscéral.

Ensuite, dans les scènes de combats époustouflantes où  » le patriotisme n’est rien d’autre que la responsabilité de chacun envers sa famille, ses voisins et ses camarades de combat  » – dixit Robert Rodat, le scénariste. Une extension à la nécessaire solidarité des combattants perdus dans un enfer de balles et d’obus. Chacune de leur décision influence le destin du groupe, du conflit, de la nation. Chaque hésitation, chaque faux-pas a des conséquences funestes.

Cette solidarité est d’autant plus forte que la mission confiée aux héros semble dérisoire (on risque la vie de huit hommes pour en retrouver un et le ramener au pays auprès de sa mère) et que les risques sont immenses. Et Spielberg ne lésine pas sur les moyens pour le faire ressentir : ses combats sont des boucheries monstrueuses d’une violence inégalée (aucun détail n’est épargné : têtes explosées, tripes à l’air, sang sur l’objectif de la caméra… de la manière la plus réaliste possible). Chaque manquement vis-à-vis du groupe se solde par des morts horribles.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, cette solidarité s’est lentement érodée. La grande qualité de SAVING PRIVATE RYAN est d’en rappeler le sens aux jeunes génération par le biais de la fiction. Après LA LISTE DE SCHINDLER, Spielberg poursuit son oeuvre nécessaire de résurrection de la mémoire.

A propos de l'auteur

Journaliste

Lorsqu'il ne gère pas la présence web de ses clients, Christophe Bruynix dévore de la fiction sous toutes ses formes. Le temps restant, il photographie, médite, soulève des poids lourds, se débat contre un "régime flexible" (fichus carbs), et il imite très bien Godzilla.