Titre français: Son of Saul

Equipe: Clara Royer, Géza Röhrig, Laszlo Nemes, Levente Molnár, Urs Rechn
Durée: 107‘
Genre: Drame
Date de sortie: 28/10/2015
Cotation: **** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

En pleine seconde guerre mondiale, des prisonniers juifs arrivent dans un camp. Ils sont rassemblés et guidés par d'autres prisonniers, enrôlés dans les 'sonderkommando', afin d'être conduits vers des douches et pouvoir être répartis dans le camp. Mais Saul, un des 'guides' sait bien que ce n'est pas la vraie destination de ces prisonniers...

Notre critique:

Et “pan dans lagl », comme dirait Franquin dans ses idées noires! Car c’est bien de cela qu’il s’agit avec ce SAUL FIA (SON OF SAUL): un grand coup de poing dans la gueule qui vous laisse sans voix, sans forces, bouleversé, tant ces 107 minutes de cinéma vous donne une leçon d’Histoire nettement plus édifiante que tous les manuels scolaires en vigueur.

Saul, c’est un prisonnier, un de ces anonymes des “Sonderkommando” (les porteurs de secrets) qui pendant la guerre ont, dans les camps, fait le sale boulot à la place des Allemands. Le sale boulot consistant à la conduite des nouveaux prisonniers vers les chambres à gaz, le transport des cadavres, des vêtements et des bijoux récupérés ainsi que la destruction des corps…

Mais ce qui fait de SON OF SAUL un film magistral, c’est un choix de mise en scène totalement imparable, impeccablement cohérent et absolument inéluctable. Enfermant son personnage principal dans un format d’image carré (au lieu de partir sur du cinémascope ou du panoramique comme la majorité de films maintenant), le réalisateur hongrois Laszlo Nemes, dont c’est le premier film, ne nous donne pas le choix: il nous faudra suivre le fil du récit tel que le voit et le vit Saul.

Le spectateur participera donc à la fébrilité de Saul, le suivant, le précédant ou voyant juste son visage de face, mais étant incapable de le quitter. Les sons, les paroles, les horreurs vont être vues dans ce cadre étouffant. Vues ou pas… c’est aussi ça l’intelligence de Nemes, ne pas montrer les horreurs des camps mais laisser faire l’imagination du spectateur pour combler les vides, jouer sur la focale pour rendre floues ou nettes les scènes de l’arrière plan, jouer sur le son pour mieux nous immerger. Le plan d’introduction illustre parfaitement ce choix de mise en scène, nous plongeant directement dans l’horreur sans nom des camps, dont les bruits de grattement et de coups derrière la porte de la chambre à gaz risquent de nous hanter longtemps.

Quant à Géza Röhrig, son visage torturé, ses émotions masquées et ses mouvements de visage sont autant de descentes dans l’enfer de la vie dans les camps et dans leur mode de fonctionnement pragmatique et rationnel à outrance.

A voir donc sans attendre (avec des réserves pour les personnes sensibles) et à montrer aussi à tous ces gens qui osent encore émettre des doutes sur les atrocités commises dans les camps d’extermination nazis…

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A propos de l'auteur

Eric Van Cutsem
Rédacteur en chef/Journaliste

Journaliste indépendant dès 1989 qui, depuis cette époque, se pose toujours la question de savoir si il est journaliste, informaticien, biologiste ou ... extra-terrestre. Peut–être un peu tout ça pensent certains...