Equipe:
Durée: 119‘
Genre:
Date de sortie: 05/09/2000
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Courtisane à la cour de Louis XIV, la Maintenon dirige une école pour jeune fille, mais sombre lentement dans une folie intégriste et transforme son pensionnat en prison.

Notre critique:

Depuis déjà quelques temps dans le cinéma français, la tendance est au film d’époque en costumes, et, il faut bien l’avouer, souvent le pire côtoie le meilleur. Il est vrai que l’exercice est périlleux et que les réalisateurs ont tendance à se prendre les pieds dans les figures académiques et scolaires imposées, ou à basculer dans la farce empanachée et clinquante. Qui n’a pas au moins une fois somnolé devant une large fresque en costumes?

C’est en toute inconscience, comme elle le dit, que la réalisatrice Patricia Mazuy en 1992 a accepté la commande du producteur belge Denis Freyd, désireux de voir adapté à l’écran le roman d’Yves Dangerfield sur Madame de Maintenon et l’école de St Cyr. 7 années auront fallu pour que le projet voie le jour.

Mais, au fait, de quoi s’agit-il? Afin d’éviter tout malentendu (tout comme la réalisatrice lors de la commande) avec l’école militaire Napoléonienne de St Cyr, et n’en déplaise aux historiens tatillons, un bref rappel des faits version express s’impose : avant d’être une vieille bigotte aigrie, obsédée par l’enfer et rongée par les remords, Francoise de Maintenon, fille de rien, fut d’abord l’épouse du poète Scarron. Veuve, elle vira courtisane, et fut chargée de l’éducation des bâtards du roi Louis XIV dont elle devint la maîtresse puis l’épouse secrète. A la fin du XVIIème siècle, elle décide de fonder, avec le soutien du roi, l’école modèle de St Cyr pour racheter ses fautes passées en y éduquant les jeunes filles de la noblesse ruinée par la guerre.

C’est un bataillon de 250 pensionnaires en uniforme qui va être accueilli dans cette école d’avant-garde où, ne parlant que leur patois, elles vont apprendre avec le français et la langue de Racine que la parole et l’art de la conversation peuvent être des armes.
Ce sera d’ailleurs suite à la représentation d’une pièce de Racine jouée par les donzelles devant le roi et sa cour, sans doute avec trop de fougue et de passion, que le rêve libertaire va dégénérer en cauchemar totalitaire. La « patronne » de St Cyr se rendant compte qu’elle est en train de cloner des courtisanes à son image, va sombrer dans une folie intégriste affolante et leur confisquer leur liberté enseignée. Avec l’aide d’un abbé mystique (Simon Reggiani/compagnon de la réalisatrice à la ville), la Maintenon (Isabelle Huppert) va transformer son école en secte, brûlant les livres et cherchant à ramener ses ouailles dans le droit chemin.

Patricia Mazuy préfère comparer son film à un FULL METAL JACKET en jupons plutôt qu’aux LIAISONS DANGEREUSES, et décrire Françoise de Maintenon comme une « pute qui se sent sale et vire bonne soeur » jusqu’à sombrer dans l’intégrisme. Elle filme St Cyr comme un camp militaire retranché, s’attachant plus particulièrement à 2 de ses petits soldats : Anne et Lucie (Morgane More et Nina Meurisse/deux non-professionnelles). Chacune des 2 jeunes filles reflète le double positif et négatif de Mme de Maintenon. Exit les coulisses habituelles et les clichés sur Versaillles, St Cyr est construite au milieu des marécages stagnants dans une campagne malsaine ou rôde la maladie. A ce décor gris et macabre vient se greffer la musique anachronique et obsessionnelle de John Cage.

Patricia Mazuy ne cherche pas à séduire, mais plutôt à replonger dans le passé pour mieux nous faire appréhender le présent. St Cyr est une histoire intemporelle truffée de résonnances contemporaines sur l’éducation, le féminisme ou le fanatisme religieux. C’est son 3ème film, et bien que l’on puisse lui reprocher une certaine austérité ou quelques longueurs dans la première partie, il faut tout de même saluer son inspiration audacieuse et décalée qui ne nous reconciliera pas avec nos manuels d’histoire.

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Journaliste

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