Titre français: L'Enfer Du Devoir

Equipe:
Durée: 128‘
Genre:
Date de sortie: 26/12/2000
Cotation: oo (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Dans l'enfer vert et moite du Viet Nam, une patrouille de Marines avance péniblement. A sa tête deux officiers: Samuel L. Jackson et Tommy Lee Jones, la gueule burinée par les ans et creusée par les rudes épreuves des responsabilités. Ils sont supposés n'avoir pas trente ans et vivre leurs grandes expériences traumatisantes... Malgré tous les efforts du monde, on ne parvient pas à croire en un Tommy Lee Jones juvénile avec sa tronche travaillée comme une bûche. Vous allez dire: "c'est un détail, une licence dramatique qui tord le réalisme pour rendre l'action compréhensible." On n'a pas passé cinq minutes de film qu'il faut déjà intellectualiser une aberration pour l'avaler. Le problème, c'est qu'une aberration du genre se présente toutes les cinq minutes, plombant le propos un peu plus jusqu'à l'affaissement total. Reprenons : ces deux officiers sont pris dans une embuscade. Samuel sauve Tommy: pour eux, c'est "à la vie, à la mort".

30 ans plus tard, Samuel est un colonel couvert de médailles, chargé des interventions les plus périlleuses. Alors qu'on l'envoie sauver l'ambassadeur américain d'un pays arabe quelconque, Samuel flippe et fait tirer dans une foule de femmes, de vieillards et d'enfants entourant l'ambassade. Catastrophe! Crise Internationale! Le gouvernement décide d'évacuer l'affaire en sacrifiant la réputation de son officier (escamotage de preuves, faux témoignages). De son côté, Tommy est devenu avocat militaire raté. A quelques jours de la retraite, il accepte de défendre Samuel, bien que l'affaire sente solidement le roussi et qu'il n'ait absolument pas les épaules pour le faire.

 

Notre critique:

On a peine à le croire, mais RULES OF ENGAGEMENT est un champion du box office US… et la cible d’une polémique journalistique foisonnante. L’affaire se déroule dans un pays arabe: la presse dénonce la glorification de l’impérialisme américain. On y innocente (oups, je l’ai dit) un officier qui fait tirer dans la foule: la presse dénonce des relents fascisants… Voulu par son réalisateur William Friedkin comme un grand film à thèse difficile, RULES s’effondre bien vite. Non pas par son radicalisme dur à porter, mais bien parce qu’il est bêtement mal fichu.

D’abord la thématique de Friedkin est farcie d’évidences: le gouvernement est cynique, les décisions des militaires sont difficiles, l’Homme (avec un grand H) préfère se compromettre pour sauver sa peau, rien n’est ni tout blanc, ni tout noir, etc. Ensuite, le scénario manque singulièrement de liant et accumule les invraisemblances: la foule qui a entourait Samuel était-elle armée? Seule UNE cassette vidéo d’UNE caméra de surveillance peut le dire, et on l’envoie à la poubelle. Quelqu’un se demande-t-il si le milliard d’impacts de balles dans les murs peut servir de preuve?

Enfin, Friedkin patauge dans la psychologie de bazar, rallongeant à l’envi des scènes ordinaires, juste pour donner à comprendre que quelque chose se passe dans le crâne du héros. Tommy Lee Jones veut faire témoigner la femme de l’ambassadeur: elle refuse. Ca dure cinq minutes, ils échangent des banalités, on entend le vent dans les branches. Au loin des enfants jouent… On n’apprend rien mais ça fait « auteur ».

Tant de lignes pour démolir un nanar… A vrai dire, il n’en vaudrait pas la peine si William Friedkin n’avait pas été un des talents les plus prometteurs des années 70. Allez voir la ressortie de L’EXORCISTE pour vous en convaincre et mesurer le gouffre que Friedkin s’est consciencieusement creusé en trente ans.

 

A propos de l'auteur

Journaliste

Lorsqu'il ne gère pas la présence web de ses clients, Christophe Bruynix dévore de la fiction sous toutes ses formes. Le temps restant, il photographie, médite, soulève des poids lourds, se débat contre un "régime flexible" (fichus carbs), et il imite très bien Godzilla.