Equipe:
Durée: 124‘
Genre:
Date de sortie: 15/05/2001
Cotation: * (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

En 1981, Roberto Succo tue ses parents et se retrouve interné dans un asile psychiatrique en Italie. Cinq en plus tard, il s'en échappe et se réfugie dans le sud de la France, commençant alors sa folle cavale meurtrière. C'est précisément à cet instant que s'ouvre le film, juste le temps de nous montrer la vision d'horreur de deux cadavres mutilés dans une baignoire ensanglantée, et les choses semblent reprendre leur cours normal. Sous le soleil et fond d'idylle estivale, la jeune Léa tombe sous le charme d'un beau garçon au regard azur qui, malgré un fort accent italien, prétend s'appeler Kurt et être anglais. Fascinée par ce latin lover plutôt baratineur, l'adolescente n'est pas étonnée à son retour de vacances de voir le ténébreux jeune homme débarquer devant sa porte. Mais ce dernier se montre de plus en plus impulsif et imprévisible, dévoilant un comportement infantile et une nervosité exacerbée.

 

Notre critique:

On ne vous apprendra rien en vous disant que la folie criminelle et les tueurs en série font partie des bonnes vieilles recettes du cinéma. Je n’étais pas née et vous non plus sans doute que le genre sévissait et faisait déjà mouche. Sans remonter à la nuit des temps, Fritz Lang avec son M LE MAUDIT en 1931 n’en est peut-être pas l’inventeur, mais a sûrement donné ses lettres de noblesse et tracé la voie à ce thème qui n’en finit pas de fasciner et d’intriguer les réalisateurs de tous poils plus ou moins inspirés.

Pour ce nouvel épisode d’une saga qui n’est sûrement pas prête de ne plus faire d’audience, Cédric Kahn, qui nous avait été révélé avec l’adaptation de « L’ennui » de Moravia (Prix Louis-Delluc), a décidé de s’attaquer au genre en relatant la cavale meurtrière d’un authentique tueur, Roberto Succo. Avant lui, le personnage avait déjà inspiré une pièce de théâtre à Bernard-Marie Koltès (auteur fétiche de Chéreau), mais aussi un livre-enquête écrit par une journaliste : Pascale Froment. C’est en travaillant avec elle et en se basant principalement sur cet ouvrage que Cédric Kahn a écrit son scénario. Jugeant que Koltès avait donné au personnage de Succo un aspect trop héroïque ou romantique, le présentant comme un héros anarchiste, alors qu’il souhaitait se recentrer sur le fait divers et les éléments réels du dossier pour construire son histoire.

Son point de vue, ou plutôt son absence de point de vue, est clinique, sec et sans appel. Ainsi, tel un procès verbal, il enchaîne les épisodes de la vie de Roberto Succo comme des pièces à conviction, sans complaisance ni fascination, ne condamnant pas non plus. Il se contente d’aligner les séquences de son itinéraire incohérent et chaotique, avec pour seul lien entre elles, la chronologie. La neutralité et la distance radicale qu’il adopte ne sont pas sans rappeler L’APPAT de Bertrand Tavernier, ou plus récemment LES BLESSURES ASSASSINES de Jean-Pierre Denis. Mais les méfaits et les crimes que multiplie Roberto Succo sont sans logique ni raison apparente. Imprévisible, impulsif et déroutant, il ne répond à aucun code cinématographique du genre. En choisissant de se borner à la narration pure et de lui ôter tout artifice, ce film prend le risque de plaire mais aussi de déplaire pour les mêmes raisons. En revanche il a le mérite de relancer le débat sur ce qui peut ou doit être montré au cinéma, et de nous faire découvrir un formidable acteur non professionnel ( Stefano Cassetti) qui, c’est certain, ne le restera pas bien longtemps.

 

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Journaliste

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