Equipe:
Genre:
Date de sortie: 08/05/1996
Cotation: * (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

France, 18ème siècle. Dans la Dombes, région salement marécageuse, les marais sont une vraie calamité. L'air y est pestilentiel, il y a plein de moustiques partout et les gens sont tout humide. Un noble du cru, soucieux de la santé et du moral de ses gens, décide de grimper à Versailles, histoire de quémander auprès du Roi les fonds nécessaires à l'assèchement des marais maudits. Mais Versailles, c'est Versailles! C'est la Cour! N'y entre pas qui veut! Et notre jeune nobliau de faire l'apprentissage de ses jeux où comptent plus les mots d'esprit que les idées...

Notre critique:

RIDICULE est une bénédiction pour Patrice Leconte. Il peut y conjuguer dialogues spirituels et élégance de mise en scène, et apporter ainsi une pierre de plus à la construction de l’édifice entrepris avec TANDEM. La pierre que voici est parfaitement taillée. Elle correspond à merveille à son goût des échanges verbaux toniques où peuvent se mêler ironie, cynisme et plus rarement grandeur d’âme. De même, cette pierre fait écho au soin presque maniaque qu’il prend désormais à la réalisation. Cadre scope, lumière travaillée, mouvements amples et majestueux…
Bien, tout ça. Très bien. Personnellement, j’aimais autant LES BRONZES, mais on peut comprendre et encourager un réalisateur désireux d’explorer d’autres univers et d’autres styles. On peut juste regretter que Patrice Leconte semble avoir totalement tourné le dos à son passé de joyeux potache. Mais bon… revenons à RIDICULE.

Dans RIDICULE, il y a donc des dialogues piquants, une mise en scène léchée et puis il y a une histoire. Et c’est là que le bât blesse.

Que raconte RIDICULE? En résumé, le fait que la politique est pourrie par les intérêts personnels et les avantages acquis. Débat encore et toujours d’actualité mais guère neuf. Le problème ici n’étant d’ailleurs pas l’originalité des thèmes traités, mais bien le traitement qui leur est appliqué. Car, pour fondamentales que soient les préoccupations évoquées, leur expression sur le plan des idées reste bien fade. Le lustre des dialogues et de la mise en scène se trouvent du coup bien vides de sens. C’est comme si quelqu’un utilisait un gros porte-voix juste pour raconter à un ami comment s’est passée sa visite chez le boucher! C’est impressionnant mais un peu inutile.

Restent des acteurs en pleine forme qui, comme toujours avec Leconte, montrent une réelle jubilation à être là. Mention particulière pour Judith Godrèche qui, au fil de ses films, prend de l’assurance et quitte ses attitudes compassées d’adolescente en mal de compréhension. Elle n’est pas loin de devenir un très joli papillon, ce qui fera plaisir non seulement aux entomologistes mais surtout aux amateurs de cinéma que nous sommes!

Ah oui, RIDICULE fait l’ouverture du festival de Cannes. On imagine les questions des journalistes qui n’auront pas pu y assister et qui n’étaient pas au courant du film qui y était présenté :
« – C’était quoi l’ouverture?
– RIDICULE.
– Ah bon? »

A propos de l'auteur

Journaliste