Equipe:
Durée: 192‘
Genre:
Date de sortie: 19/08/1997
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

10 juin 1968. Saint-Ouen. Quelques étudiants de l'IDHEC débarquent à l'improviste à l'entrée des usines Wonder. Armés d'une caméra et d'une seule bobine de pellicule, ils filment la reprise du travail après la grève. Au centre de l'image, un petit groupe de personnes, syndicalistes, hommes politiques, gauchistes et ouvriers confondus, entourent une femme. Au bord des larmes, elle se révolte: "J'mettrai plus les pieds dans cett'taule..."
Ce film d'à peine dix minutes est devenu le symbole d'une époque et d'un combat, l'exemple parfait du cinéma direct et militant.

rn

 

Notre critique:

Le visage de cette femme hante Hervé le Roux. Qu’est-ce qu’elle est devenue? Est-elle rentrée dans l’usine? Quel serait son discours, maintenant, 25 ans plus tard? Le Roux commence son enquête. Petit à petit, il retrouve les noms de ceux qui apparaissent dans le film. Il les traque à travers la France, et arrive chez eux une cassette vidéo à la main. Après la vision du film de 68, il leur donne une deuxième fois la parole. Ils commentent les événements de l’époque, et leur vie, parfois.

rnrn

Au fil des discussions, le passé ressurgit. Les usines Wonder, c’était surtout des conditions de travail proches du moyen-âge: une hygiène quasi inexistante, un boulot à la chaîne crasseux et harassant, des supérieurs tyranniques. C’était aussi une grande famille, un sentiment d’appartenance qui n’existe plus de nos jours, parce qu’il a été tué par la mobilité.

rnrn

C’est avec une grande honnêteté et beaucoup de sensibilité que Le Roux nous livre son film. D’abord, il nous imprègne du visage et de la voix de la mystérieuse inconnue. Il fractionne le film de 68, le distille, le ralentit, l’accélère. Il manipule l’image pour mieux nous l’imposer. Son obsession devient la nôtre. Si il travaille énormément les anciennes bobines, il retouche à peine les interviews. Ils sont pris à vif, improvisés pour la plupart. Chaque silence se charge de signification, chaque hésitation aussi. Pas du tout directif, le Roux se contente de laisser parler les gens. Tant pis si leur version des faits est faussée par leurs opinions, tant pis si leurs souvenirs sont vagues et imprécis.

rnrn

Le Roux prend son temps avec chacun de ses interlocuteurs. Si l’intention est louable, le résultat présente pourtant quelques défauts. D’abord, REPRISE est long. Il dure plus de trois heures, et force est de constater qu’après deux heures, on a l’impression d’avoir fait le tour du problème. Les dernières rencontres ne nous apportent que quelques précisions supplémentaires, dont on aurait pu se passer. D’autant que, en s’attachant uniquement aux acteurs du film de 68, Le Roux ne nous montre qu’une palette limitée de gens. Il se ferme des portes qu’on aurait voulu défoncer. Quel est la vision des patrons? Pourquoi des parents envoyaient-ils leurs enfants à 14 ans dans les ateliers insalubres? Volontaire ou pas, ce manque de points de vue est frustrant.

rnrn

REPRISE est notre ROGER AND ME européen. Il manque de panache, de rentre-dedans. Par contre, d’aucuns apprécieront l’absence de prise de position de Le Roux, et la simplicité avec laquelle il mène son documentaire. REPRISE est un film social qui parle d’un passé qui revient à la charge. Il y a quelques mois encore, la direction d’une usine française voulait réinstaurer des pauses-pipi à heure fixe.

rnrn

ROGER AND ME est un documentaire américain qui décrit avec virulence la misère qui envahit la ville de Flynt après la fermeture des usines General Motors. Sous prétexte de rencontrer le patron de G.M., Michael Moore, le réalisateur, nous présente une galerie de personnages aussi différents que surprenants: huissier de justice, chômeur dépressif, patron cynique. La force du film réside dans quelques scènes chocs, comme celle du shérif qui pousse les gens à la rue…

 

A propos de l'auteur

Journaliste