Equipe:
Durée: 122‘
Genre:
Date de sortie: 02/06/1998
Cotation: o (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Jack Moore vend des bouquets de chaînes satellite. Il part en Chine, où doit se signer un contrat historique avec le gouvernement. Le ministre chinois des communications est séduit par les arguments de Moore. La transaction doit se finaliser le lendemain. Moore est comblé. D'autant plus que le soir même, il rencontre une sculpturale chinoise. Il a tôt fait de l'emballer et de l'entraîner dans son lit. La nuit est très, très chaude...

Notre critique:

Le matin, par contre, est plutôt froid! Moore est réveillé par la police chinoise. La belle gît à quelques mètres du lit, nue, un peu étranglée sur les bords. Pas de doute: Moore, l’Américain pervers, est le coupable. Après un passage à tabac en bonne et due forme, il est jeté en prison.
Dans le pays de la révolution culturelle, l’accusé ne jouit pas de la présomption d’innocence. Un simulacre de procès commence, mais la sentence est connue d’avance: la mort!
Mais, rassurez-vous : Moore est un battant. Et Shen Yuelin, l’avocate commise d’office, tombe sous son charme et croit en son innocence.

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Scénario ticket de bus plié en deux, RED CORNER n’a décidément rien inventé. Avec la régularité du métronome, les Américains nous refont le coup du film de procès. Ils relèvent celui-ci avec un contexte politique pseudo-engagé, sensé révolter les spectateurs et les faire larmoyer un maximum. En fait, ce beau prétexte ne tient finalement pas la route: la Chine ne sert que de toile de fond à une intrigue légère. Elle n’est qu’un argument commercial supplémentaire. Les businessmen de Hollywood, jamais à court d’inspiration, ont trouvé que cette année, la Russie, l’Irak et l’ex-Yougoslavie n’avaient plus la cote…
Résultat? Un film creux et pas accrocheur pour un sou. Un film qui ne marche pas pour de multiples raisons…

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D’abord, parce que les personnages ne nous offrent aucune prise. Ils sont caricaturés à l’extrême. Moore, Richard Gere, porte le poids d’une culpabilité imaginaire: il était à l’étranger quand sa femme et sa fille se sont tuées dans un accident de la route. Quant à Yuelin, Bai Ling, elle a péniblement traversé plusieurs années de révolution culturelle. Voilà qui est déjà plus intéressant. Hélas, seules trois ou quatre de ses répliques abordent ce sujet. C’est vrai qu’en y réfléchissant bien, la révolution culturelle, cela n’intéresse pas vraiment le spectateur moyen.

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Ensuite, parce que l’histoire est bâclée. Plutôt que d’axer le film sur une description nuancée de la Chine d’aujourd’hui, les scénaristes préfèrent nous entraîner dans une enquête peu crédible. Les invraisemblances s’accumulent. Le suspense est inexistant. Il est en effet inimaginable que Richard Gere termine devant le peloton d’exécution.

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Enfin, parce que la technique ne réussit jamais à transcender le reste. Jon Avnet (FRIED GREEN TOMATOES, UP CLOSE AND PERSONAL) déploie une énergie formidable pour reconstruire un Beijing crédible en studio. Il incruste les acteurs dans des photographies. Il filme, à la caméra cachée, Bai Ling qui traverse la place Tiananmen. Il importe des centaines de bicyclettes, consulte l’actrice chinoise pour ses décors. Mais il n’y a rien à faire: le résultat nous passe largement au-dessus de la tête. En grande partie sans doute parce que l’essentiel de l’action se situe dans un tribunal vide et dans des cellules sombres.

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Finalement, la seule bonne surprise de RED CORNER est ce petit bout de femme forte et sincère. Le charme discret de Bai Ling et son jeu emporté sont malheureusement délayés dans des dialogues faibles et des scènes obligatoires imposées par le code hollywoodien. Dommage, car elle en veut, et on attend avec impatience qu’on lui en donne. De son côté, Richard Gere n’apporte rien de neuf. Il s’engage, certes, mais parfois trop. Seules ses admiratrices en auront pour leur billet.

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Soyons impitoyables. Le public européen doit bouder ce genre de productions insipides, insensées et opportunistes. Des adjectifs trop souvent applicables à ce qui franchit l’océan. RED CORNER n’apporte rien, pourquoi donc perdre son temps et alimenter, par la même occasion, les caisses d’une industrie qui a perdu, depuis longtemps, sa sincérité et sa volonté de dire la vérité?

A propos de l'auteur

Journaliste