Titre français: Un Ami du Défunt

Equipe:
Durée: 100‘
Genre:
Date de sortie: 10/02/1998
Cotation: * (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

A Kiev, un homme las engage un tueur pour en finir avec la vie. Le contrat passé, un instinct de survie le pousse à engager un deuxième tueur pour liquider le premier. Mais on ne se débarasse pas aussi facilement de son tueur...

Notre critique:

Le réalisateur du doux-amer LA COTE D’ADAM, renoue avec la satire dans un film qui dépeint la vie d’un intellectuel dans le Kiev actuel.

Aaaah le luxe des conversations entre amis, des lectures et de la recherche désintéressée, c’était le bon temps, la période soviétique. Aujourd’hui le pseudo-libéralisme a remplacé le socialisme, en désintégrant les rapports humains. Finies les solidarités de tous niveaux qui permettaient de supporter l’oppression, les relations d’affaires ont pris le dessus, laissant libre mais seul. Plus de place pour les intellectuels incapables. L’homme intelligent, fin, cultivé, mais faible ne peut plus trouver de boulot dans une société où le salaire d’un prof d’unif ne nourrit même pas son homme. Anatoli en a fait les frais. De fil en aiguille sa femme le quitte, happée par une réussite sociale relative. Las de réagir, Anatoli se réfugie dans la passivité et choisit de se suicider. Cet acte passera par le biais d’un tueur à gages. Le contrat passé, un instinct de survie pousse Anatoli à engager un deuxième tueur pour liquider le premier. Mais on ne se débarasse pas aussi facilement de son tueur…

Ballade dans le Kiev de nos jours. Tout d’abord dans le vieux Kiev avec ses lampadaires, ses rues pavées et églises baroques. Le Kiev 2, lui, est hyperréaliste. C’est un grand ensemble en construction noyé dans des dunes de sable qui menacent perpétuellement de recouvrir ce chantier. Puis vient le troisième Kiev, la ville des noctambules avec ses boîtes de nuit, sa faune de protituées et de nouveaux riches.

Cette visite guidée d’une ville transformée par le capitalisme naissant se fait au travers des yeux d’un réalisateur – trop ? – amoureux du passé. Loin de nous la jouer glauque, Viatcheslav Krichofovitch parsème son film d’humour, parfois de dérision pour mieux nous faire digérer son constat. Sa ville est au bord du gouffre et le cinéaste, lui, est en plein désarroi. Si la censure, le contrôle policier et l’absence de liberté ont été abolis par le changement de régime, il a tenu à nous montrer la métamorphose d’une sociéte.

Les comédiens Alexandre Lazarev et Tatiana Kriviskaïa inconnus chez nous se révèlent assez convaincants, l’un dans la peau d’un intello paumé et l’autre dans celle d’une pute au grand coeur. Malgré tout, le film souffre, comme bien souvent pour les productions de l’Est, d’un rythme assez lent qui ampute la force du discours. De même l’américanisation du scénario (le scénariste Andreï Kourkov est ‘script-teacher’ à l’université de Cambridge) avec l’enrôlement du second tueur dénote quelque peu dans le contexte. Il n’en reste pas moins que UN AMI DU DEFUNT est un film pour les amateurs d’un cinéma certes différent, mais loin d’être inintéressant.

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Journaliste