Equipe:
Durée: 165‘
Genre:
Date de sortie: 05/06/2001
Cotation: o (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Le 7 décembre 1941, la base navale de Pearl Harbor va subir l'assaut imprévu de plus de 300 avions japonais. Les pertes américaines seront colossales et pousseront les Etats-Unis dans la Seconde Guerre Mondiale. Cette attaque surprise de deux heures aura sans conteste changé la donne du conflit mondial.

Notre critique:

On ne peut pas dire que l’équipe de Cinopsis piaffait d’impatience à l’idée de découvrir le dernier lardon du tandem BayBruckheimer. Leurs odes suintantes à la virilité masculine tout en muscles et au cerveau rachitique nous laissaient perpétuellement de marbre. 

Donc, la vision de ce qui nous est présenté comme le TITANIC version guerre-soft, nous laisse tout aussi pantois que l’indifférence que nous portons à la filmographie de Monsieur BAD BOYS. Imaginez une fresque larmoyante de trois heures qui s’étale pendant plus d’une heure trente sur une guimauverie gnagnan, où les soldats découvrent leurs premiers émois face à des infirmières fraîchement promues et z’avides de sensations zérotiques. Après cette mise en bouche des plus pénibles, où Ben Affleck joue sous le masque de l’amour et de la trahison, il enfile celui du gars vachement concerné par ce qui se passe puisque les japs pilonnent joyeusement tout ce qui arbore un drapeau avec des bandes bleues et rouges et des petites étoiles blanches. Là-dessus lui et son pote s’en vont guerroyer sec. En deux heures (durée de l’attaque dans l’histoire mais pas dans le film), ils tirent à la mitrailleuse, pilotent leurs avions comme des dieux, tentent de secourir les pauvres mecs coincés dans l’Arizona (le navire qui a coulé avec près de 1000 types coincés dedans) et donnent leur sang dans des bouteilles de coca. Après cela, l’Amérique se réveille de sa léthargie et s’en va casser du ‘jap’ à Tokyo. Bon, évidemment, dans la bataille, il y aura des morts.

Outre l’aberrante simplicité du scénario de Randall Wallace (décidément, il n’y a que BRAVEHEART qui vaille le détour dans ses écrits), Michael Bay ne fait rien pour secourir un récit à la dérive. Même si le film se devait de suivre, et suit dans les grandes lignes, l’Histoire, et se targue d’y avoir inclus bon nombre de faits réels, même si hautement improbables – comme le japonais qui fait signe aux enfants de se cacher parce que ça va secouer sauvage -, on pouffe allègrement devant tant de complaisance patriotique. Attention, nous ne mettons nullement en cause ce qui s’est passé et la manière dont s’est déroulée l’action et ce qui en a découlé (reprenons la chanson du beauf Sardou: ‘Si les ricains n’étaient pas là…); mais nous resservir cette soupe en 2001, ça c’est fort. Outre les enjeux dramatiques inexistants et le jeu figé de ses principaux interprètes (sauvons la ravissante Kate Beckinsale), il y a les enjeux visuels. Si le sens de l’image est acquis depuis belle lurette au réalisateur de THE ROCK, ses images devraient rester fixe et surtout ne plus bouger. Car, comme de coutume, ce metteur en image n’a absolument rien à dire sur son sujet. Il dédie tout son art à la construction du plan qui tue, sauf qu’il ne le fait jamais (ou presque) vivre. De là, morne plaine au rayon des sentiments. Jamais, ô grand jamais, le spectateur ne prend part au conflit, sait où il se trouve et ce que l’ennemi a abattu. Dans cette désorientation organisée émergent pourtant quelques larges tableaux impressionnants: la vue générale de l’attaque avec cinq ou six appareils volants en train de lourder leur bombes sur les navires vaut, allez, une bonne poignée de… cacahuètes. Mais Michael ne tire jamais profit de ses réussites. Il ne fait que les empiler, images sur images, découpage sur découpage, cuisinant savamment son McTripleBacon&CheeseWhopper de plans pour le plus grand plaisir des avides consommateurs de fast-food et d’images prémâchées sans goût ni signification. En guise de sauce, Hans Zimmer est retombé bien bas et nous arrose le film d’une mélodie craignos et écoeurante. Mais rassurez-vous, tout ce fatras se regarde facilement, surtout la deuxième fois!

A propos de l'auteur

Journaliste