Equipe:
Durée: 115‘
Genre:
Date de sortie: 23/12/2003
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Epouse du riche métallurgiste Georges Valandrey, Gilberte est une femme légère et mondaine qui adore organiser des réceptions fort courues par le tout-Paris. Son populiste de mari l'adore et sous prétexte qu'il croit être son premier amant, il est persuadé qu'elle ne peut le tromper. Mais ce qu'il ignore c'est que Gilberte a été mariée en premières noces à un Américain sans que le consul de France n'en sache rien. Seule Arlette Poumaillac, la sœur de Gilberte est dans la confidence de ce secret bien gardé. Un soir, Georges, sur le point de conclure une grosse affaire avec un client prénommé Thomson, invite ce dernier à souper dans leur hôtel particulier. Or, Eric Thomsom n'est autre que le premier mari de la frivole Gilberte.

Notre critique:

En plus d’un demi-siècle d’une carrière exemplaire Alain Resnais a tout essayé avec audace et talent. Si le doyen du cinéma français est capable de signer des œuvres graves et engagées comme celles qui ont pu marquer ses débuts, ce Monsieur qui aime avant tout étonner, ne déteste pas non plus prendre le contre-pied de ses films sérieux voire s’amuser à faire un pied de nez au spectateur en adaptant des choses considérées comme « infilmables » pour le réalisateur lambda. Après s’être attaqué aux adaptations les plus folles (pièce de théâtre oubliée et méprisée, nouveau roman des années 60 ou encore BD), le voici qui récidive d’originalité en choisissant de reconstituer à l’écran une opérette parisienne de 1925 écrite par Alain Barde et Maurice Yvain, (mais qui s’en souvient?) toute droite sortie d’un vieux placard poussiéreux.

Reprenant les artifices théâtraux qui avaient fait le charme de SMOKING / NO SMOKING et osant une nouvelle fois faire pousser la chansonnette à ses acteurs fétiches (mais aussi à des petits nouveaux), six ans après le succulent ON CONNAIT LA CHANSON (mais ce coup-ci pour de vrai et sans play-back), c’est au pied de la lettre et en respectant fondamentalement le texte d’origine qu’il filme cette opérette au genre aussi désuet que délirant. Pour rentrer dans le jeu de cette charmante fantaisie à l’ancienne, il est avant tout indispensable que le spectateur ne prenne pas trop la chose au sérieux et accepte de se soumettre à ses règles un peu surannées. Une fois rentré dans cet univers des années folles où les femmes sont coquettes, où tout n’est que paillette et où les cancans sont distillés entre un doigt de porto et un thé, il faut aussi être prêt à accepter que les huit personnages archétypaux chantent et s’en donnent à cœur joie dans le couplet grivois et la mélodie pleine de sous-entendus. Enfin entre deux bons mots et une réplique un peu datée, s’attendre à voir tout ce petit monde virevolter et s’agiter sur fond de quiproquos, marivaudages, tromperies et mensonges.Léger et divertissant PAS SUR LA BOUCHE, peut également compter sur une distribution triée sur le volet où si l’habituel couple Arditi-Azéma fait toujours mouche, les seconds rôles n’ont rien à lui envier (mention spéciale à Darry Cowl en clone de Pauline Carton au chignon serré). Pourtant si comme le veut l’adage, c’est dans les vieux pots que l’on fait la bonne soupe, celle-ci n’est pas à mettre entre toutes les bouches, notamment celles réfractaires et allergiques aux recettes datées saupoudrées de kitch et de frivolité. Malgré une intrigue sans vraiment trop de surprises et quelques couplets un peu longuets, à 81 ans Alain Resnais nous prouve encore une fois qu’il est un éternel jeune homme qui sait toujours se renouveler.

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