Titre français: 187

Equipe:
Genre:
Date de sortie: 23/09/1997
Cotation: * (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Notre critique:

‘187’ (prononcez one-eight-seven), sous cette appellation impersonnelle se cache le nom de code utilisé par la police américaine pour désigner un homicide.

Un des décalages sociaux existant entre les USA et l’Europe est le système scolaire. Il semble poser nettement plus d’ennuis chez eux que chez nous, ce qui n’est pas peu dire. Les problèmes rencontrés dans certains types d’établissements scolaires aux Etats-Unis sont plus connus des adolescents que des parents. Ce sont des faits. Certaines statistiques dévoilent que premièrement un prof sur neuf a subi une agression à l’école et que 95% de ces actes sont commis par des élèves. Deuxièmement, 160.000 étudiants préfèrent rester chez eux plutôt que de fréquenter les cours car ils ont peur. Troisièmement, un étudiant sur cinq possède un revolver (dans les banlieues)… On pourrait encore développer quelques points tous plus alarmants les uns que les autres. Il n’y pas si longtemps, les profs avaient une réputation, actuellement ce sont les élèves.

Kevin Reynolds a voulu renverser la vapeur propre à ce système et aux idées véhiculées. Dans les films dits ‘scolaires’ américains, le prof a toujours le beau rôle. C’est le redresseur de torts, le shérif qui n’a pas d’étoile mais fait régner la loi, l’être persévérant qui arrivera à déceler les bons côtés de ses étudiants et à leur inculquer une once de savoir. 187 bouleverse ces stéréotypes.

Trevor (Samuel L.Jackson) a changé depuis son agression. Comme un animal chassé, il oscille entre la peur et la contrainte d’attaquer pour se faire entendre. Son envie d’enseigner est toujours présente. Le partage de son savoir, il veut l’appliquer coûte que coûte, quel que soit le prix à payer. Trevor basculera de l’autre côté de la barrière. Il a fini d’appliquer les règles du corps enseignant, maintenant il se trouve au milieu des fauves et il va jouer selon leurs règles…

Un acteur formidable, Samuel L. Jackson, une photo et un choix musical parfaits dictant une réalisation proche de son sujet avec comme toile de fond: la violence serait-elle l’ultime manière de répondre aux questions et de s’affirmer?
Apparemment désireux de prouver qu’il peut facilement s’occuper d’un projet de moindre importance que WATERWORLD et consorts, Kevin Reynolds nous la joue cool. Petit budget, avec une tête d’affiche qui n’en est pas vraiment une, 187 affiche une nette volonté de changement chez son réalisateur.
Les variations de styles visuels et la mise en image marquent notre attention. Celle-ci est d’autant plus renforcée par la recherche musicale qui se trouve derrière l’ensemble. Le choix de l’accompagnement fut établi avant le tournage et l’équipe n’a pas fait appel à un compositeur quelconque pour boucher les trous. La fondation musicale revient au morceau trip-hop ‘Spying Glass’ de Masssive Attack (mélange homogène de rap, sampling de drum-bass et influences reggae-soul) mais aussi à Galliano, Method Man, Everything but the girl… Il est clair que la musique a marqué de son empreinte les angles de caméra et la lumière. Leurs utilisations respectives ont contribué à la force première de ce film. Autre point positif: la dénonciation de la ségrégation scolaire, autrement dit, la scission au sein d’une même école entre les classes pour les doués et celles pour les rebuts de la société. 187 pointe ainsi le doigt sur l’administration, cadenas sans clef de ce sac de noeuds.
Si le film semble posé sur des rails depuis le début, suivant ainsi une inéluctable évolution (sans surprises), l’ambiguïté du propos et la différence culturelle seront les deux facteurs que vous devrez accepter pour rentrer complètement dedans.
Et là, la pellicule coince. A force de vouloir surenchérir et d’intervertir les rôles, Reynolds s’enlise dans sa propre argumentation… et fait reposer son film sur l’intelligence du spectateur qui déchiffrera l’ambivalence du contenu.

L’innovation côtoie donc le banal dans un film qui vaut par son acteur et sa mise en images.

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Journaliste