Equipe: Carlos Reygadas, Natalia López, Phil Burgers
Durée: 173‘
Genre: Drame
Date de sortie:
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Une famille est tiraillée pour maintenir l'équilibre entre le passé et la modernité de leur existence.

Notre critique:

Le mexicain Carlos Reygadas fait partie de ces metteurs en scène quelque peu clivant. Ses œuvres ne font jamais l’unanimité, certains criant au génie tandis que d’autres le conspuent. Il a ses adeptes comme ses contradicteurs, qui peuvent changer d’un film à l’autre. NUESTRO TIEMPO rentre une fois encore dans cette logique, le film en ayant déçus plus d’un mais en ayant enchanté beaucoup d’autres qui le verraient bien carrément remporter le Lion d’Or.

Dans un étang un peu boueux, des enfants s’amusent. Ils jouent dans des bouées, se lancent de la boue dessus, les garçons attaquent les filles. Les ados fument, écoutent de la musique. Il fait beau dans ce ranch mexicain et tout le monde est enchanté d’être réunis. Amis, famille, ça en fait du monde qui vient juste profiter, boire du mezcal et s’exercer à attraper des vaches au lasso. Ce sont Juan et Ester qui accueillent leurs amis chez eux afin de passer un super weekend. Quand celui-ci prend fin, chacun rentre chez soi et, Phil, un ami américain, ramène Ester à Mexico afin qu’elle puisse travailler sur un site web. Ce que tout le monde soupçonne se passa. Juan le soupçonne aussi mais, ce n’est pas un problème. Ester et lui forment un couple assez libre. Ils peuvent aller voir ailleurs pour autant qu’ils le signalent à l’autre, la communication étant la base du couple.

Si la théorie est toujours facile, la pratique l’est parfois moins. Peu après cet événement, Ester et Juan ont une conversation à ce sujet. Ester dit à son mari « Tu ne m’as jamais espionnée avant » et ce dernier de répondre « Tu ne m’as jamais menti avant ». Ce dialogue est la première étape de la dégradation de la relation alors que les fondations de celle-ci sont bouleversées. Il faut redéfinir les règles, les refaçonner avant que ça ne dégénère. Au milieu de tout cela, il y a les enfants et puis, la vie continue. Pour Ester, Juan tire les ficelles et la manipule. Pour Juan, il est surtout d’une meilleure communication à adopter.

Carlos Reygadas est un excellent metteur en scène. Ses cadres sont vivants, très travaillés tandis que les chorégraphies des scènes sont très vivantes elles aussi. La photographie en extérieurs est souvent splendide car les scènes sont généralement filmées peu après le lever du soleil ou peu avant le coucher. Cela confère énormément de cachet au film. Enfin, Reygadas est très bon pour filmer les scènes de couples mais aussi pour filmer des scènes plus tendues et agitées de la vie du ranch. C’est saisissant.

L’analyse de NUESTRO TIEMPO pourrait s’arrêter là mais un élément non négligeable demeure. Cet élément est le fait que Carlos Reygadas interprète le personnage de Juan tout comme Natalia López, son épouse dans la vraie vie, incarne celui d’Ester. Comme ce n’est pas tout, ce sont leurs enfants qui interprètent ceux d’Ester et Juan. Cela confère au film une clé de lecture inédite. Quelles sont les intentions de Reygadas ? Que veut-il dire à travers ce film ? Visiblement, lui-même est assez libre dans son couple avec Natalia López ce qui ne fait pas pour autant du film une œuvre complètement autobiographique, on reste dans le cinéma de fiction pur. Les comédiens jouant leur propre rôle ou presque, il va sans dire que leur interprétation est sans fausse note.

NUESTRO TIEMPO est à n’en point douter l’un des films marquants de cette compétition vénitienne. C’est une œuvre d’une grande beauté formelle qui raconte une vision du couple relativement peu vue au cinéma. C’est très bien illustré, même les passages sur lesquels beaucoup de réalisateurs se cassent généralement les dents. C’est un film qui réconcilie certains de ses détracteurs avec son œuvre et se doit d’être vu au cinéma bien entendu. Avec NUESTRO TIEMPO, Carlos Reygadas se rappelle à nos souvenirs et confirme que le cinéma mexicain n’est pas juste limité à Cuaron, Iñarritu, del Toro et consorts. En tout cas, du Reygadas comme ça, on en veut bien à chaque fois!

A propos de l'auteur

Thibault van de Werve

Ce jeune passionné de cinéma, formé entre autres au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, affectionne en particulier Steven Spielberg, Terrence Malick et Alejandro Gonzalez Iñárritu. Il écume avec passion les visions de presse et les nombreux festivals belges, où il s'est déjà retrouvé juré (Brussels Film Festival, Festival du Film d'Amour de Mons, Festival du Film Policier de Liège...), tout en officiant par ailleurs pour les pages culturelles de La Libre Belgique.