Titre français: Sunset

Equipe: Björn Freiberg, Clara Royer, Juli Jakab, Laszlo Nemes, Matthieu Taponier, Susanne Wuest, Vlad Ivanov
Durée: 142‘
Genre: Drame
Date de sortie: 27/02/2019
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

L'histoire d'une jeune femme à Budapest en 1910, avant que le monde ne sombre dans les ténèbres...

Notre critique:

Après son coup d’éclat de 2014 avec SON OF SAUL, Laszlo Nemes était attendu au tournant pour son second long-métrage. On pensait découvrir NAPSZALLTA (Sunset) à Cannes mais ce ne fut pas le cas puisque c’est Venise qui a les honneurs de la première.

Ce qui avait fait le succès du SON OF SAUL, c’est avant tout son sujet mais aussi le style de Nemes qui filmait tout caméra à l’épaule et suivait son personnage de dos. Nemes n’abandonne pas ce style qui a fait sa renommée mais cela convient sans doute moins à ce sujet-ci.

NAPSZALLTA (Sunset) raconte l’histoire d’Irisz, une jeune femme qui retourne à Budapest après une très longue période à l’étranger. Son but est d’être engagée dans l’ancien magasin de chapeaux de ses parents tous deux décédés depuis de nombreuses années. Au fur et à mesure qu’elle s’acclimate, elle va découvrir une ville qui cache de nombreux secrets.

Résumer NAPSZALLTA plus que cela est compliqué tant la construction narrative est complexe et comporte de nombreux mystères. Des mystères familiaux, professionnels, sociétaux, … Ce nombre important de mystères est d’ailleurs l’un des soucis du film qui pose plus de questions qu’il ne fournit de réponses. Nemes ouvre des trames narratives, offre des pistes, en conclut certaines et, parfois, laisse presque à l’abandon ses intrigues. La sortie de la projection fut plutôt amusante car de nombreux journalistes essayaient de recoller les morceaux afin de comprendre le récit dans son ensemble. Malgré sa complexité, le scénario semble un tantinet paresseux. Nemes a déjà utilisé la formule du personnage qui cherche un personnage dans SON OF SAUL. NAPSZALLTA n’est pas différent puisqu’Irisz cherche quelque chose mais aussi quelqu’un. Et elle semble chercher pendant tout le film tout en courant dans tous les sens… comme le personnage principal du SON OF SAUL! Les similitudes sont nombreuses, sur le fond comme sur la forme.

La forme, parlons-en justement. Le style « caméra à l’épaule » qui filme à hauteur des personnages, de dos, est à nouveau utilisé ici. Il fonctionne à merveille lors de plusieurs scènes, dont une de pagaille générale dans une maison assiégée mais, le reste du temps, cela fatigue un peu et ne se justifie pas autant que dans le SON OF SAUL pour une raison très simple, c’est que NAPSZALLTA n’est pas dans le réalisme. Nemes ouvre de nombreuses portes et réflexions qui vont au-delà du réalisme. Utiliser le même procédé interpelle donc et semble même un peu paresseux. Quand il tente d’autres plans, Nemes s’en tire extrêmement bien pourtant. C’est ainsi que dans une grande demeure, de longs couloirs, portes ouvertes, donnent sur une pièce centrale. Dans l’ouverture de ces portes, de part et d’autre, deux personnages se regardent en silence alors que dans la pièce, hors-champs, un drame se déroule. Le plan est d’une efficacité monstre et transmet le côté effroyable des événements aux spectateurs avec une grande facilité. C’est plutôt frustrant de voir que la machine ne fonctionne pas aussi bien que dans le premier long-métrage du réalisateur hongrois car les bonnes idées foisonnent et, techniquement, c’est de qualité. La photographie, est très belle, dans les tons pastels tout en étant globalement dans une tonalité jaunâtre. Elle est douce et claire et colle parfaitement aux environnements montrés.

Nemes s’est perdu en cours de route et a voulu rendre son récit un poil trop complexe, la faute en partie aux personnages qui sont rarement exactement ce qu’ils ont l’air d’être. Les apparences sont trompeuses. Autre souci, le développement des personnages est laborieux. Comme il s’agit presque d’une course de la part d’Irisz qui court d’un endroit à l’autre en revenant à l’arrière et en croisant les mêmes personnages en permanence, c’est compliqué de conférer une vraie évolution à chacun d’entre eux, Irisz en tête. Si l’on est avec elle en permanence, on n’est pas dans sa tête pour autant, et Nemes a du mal à illustrer ses pensées. Juli Jakab met beaucoup d’énergie dans son interprétation d’Irisz. Sa candeur est un atout indéniable mais, malgré toutes ses qualités, elle ne parvient pas à faire pencher la balance.

NAPSZALLTA (Sunset) est finalement une petite déception. Laszlo Nemes confirme toutefois beaucoup de bonnes choses que l’on pense de lui depuis SON OF SAUL. Sa mise en scène reste un atout évident bien qu’il semble désormais ne pas forcément savoir quand l’utiliser. Cela dépend beaucoup du contexte, et Nemes en abuse dans ce cas-ci, ce qui le déforce. Dommage que les soucis narratifs et l’abus de la caméra épaule « subjective » viennent plomber le film qui avait beaucoup de potentiel.

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A propos de l'auteur

Thibault van de Werve

Ce jeune passionné de cinéma, formé entre autres au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, affectionne en particulier Steven Spielberg, Terrence Malick et Alejandro Gonzalez Iñárritu. Il écume avec passion les visions de presse et les nombreux festivals belges, où il s'est déjà retrouvé juré (Brussels Film Festival, Festival du Film d'Amour de Mons, Festival du Film Policier de Liège...), tout en officiant par ailleurs pour les pages culturelles de La Libre Belgique.