Equipe:
Durée: 105‘
Genre:
Date de sortie: 22/09/1998
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Joe a noyé dix ans de sa vie dans l'alcool. Aujourd'hui, grâce aux Alcooliques Anonymes, il s'en est sorti. Joe, c'est un type bien. Bourré d'énergie, il a monté un club de foot pour donner une raison de vivre à tous les chômeurs de ce quartier triste de Glasgow.
Une raison de vivre, c'est important pour Liam, qui sort juste de désintox. Liam vit avec Sabine. Il se bat pour rembourser des dettes, garder son fils et sa femme. C'est chez lui que Joe rencontre Sarah, une assistante sociale dont il tombe immédiatement amoureux. Sarah travaille, elle a un appartement, un salaire régulier. Elle appartient à un autre monde. Leur amour sera-t-il assez fort pour renverser la barrière?

Notre critique:

Après une reconstitution amère de la guerre civile espagnole (LAND AND FREEDOM) et une peinture aigre des guérilleros du Nicaragua (CARLA’S SONG), Ken Loach revient à sa terre natale et à son époque. Il y puise une force émotionnelle bouleversante, un cri d’alarme cinglant chargé d’humanité. Une chose est sûre: quand il parle de ce qu’il connaît, Loach est au sommet de son talent.

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Loach est un militant forcené. Ca, on le sait. Dans ses deux films précédents, on pouvait discuter sa tendance maladive à infléchir le destin, pour mieux plier le scénario à ses convictions. Dans MY NAME IS JOE, Loach affiche pourtant une parfaite maîtrise de l’histoire. Il s’efface sur la pointe des pieds derrière ses personnages, des êtres magnifiés par une mise en scène impeccable. Le cinéaste anglais restitue avec pudeur le réalisme des situations. Chaque scène, même -et surtout!- la plus banale, devient captivante. Les regards, la simplicité des gestes et des mots, la profonde émotion que trahissent les dialogues: Loach parle d’amour avec tendresse et construit un drame fataliste. Pourtant, bien que l’univers de Joe soit miséreux, Loach nous rend aussi heureux parce qu’il saisit ces petits moments de bonheur suspendus qui lient les hommes et les femmes, et qui les aident à supporter une existence désespérée. rn

Pour donner écho aux tourments intérieurs des personnages, il fallait des acteurs de premier ordre. Loach n’en a pas l’habitude, mais il est allé rechercher un ancien collaborateur: Peter Mullan (RIFF RAFF). Il lui offre le magnifique rôle de Joe. Un personnage fouillé, au passé complexe. Mullan a été récompensé, à juste titre, par le premier rôle d’interprétation masculine à Cannes. Au travers d’un jeu souple et naturel, il réussit à laisser transparaître toute la vie de Joe -même celle que nous ne verrons jamais à l’écran. Avant MY NAME IS JOE, on pensait qu’un bon acteur pouvait se limiter à bien interpréter le moment présent. Désormais, après avoir vu Mullan, on sait qu’un bon acteur doit aussi assumer le passé imaginaire de son personnage. rn

MY NAME IS JOE raconte une réalité quotidienne en gris foncé. Elle n’est ni gaie, ni belle, mais elle nous côtoie.
Loach retrouve le panache de RIFF RAFF et de RAINING STONES. Il nous assène une paire de claques violente qui ébranle notre inconscience. Si le cinéma pouvait changer les choses, ce serait grâce à Ken Loach…

A propos de l'auteur

Journaliste