Equipe: David Lynch, Justin Theroux, Laura Harring, Naomi Watts
Durée: 146‘
Genre: Drame policier et psychologique
Date de sortie: 08/01/2002
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Résumer un film de David Lynch (et surtout celui-ci) c'est un peu comme vouloir récapituler la trilogie de Tolkien sur un confetti. Ce n'est pas que l'on ne veut pas mais tout bonnement que l'on ne peut pas. Car MULHOLLAND DRIVE est une toile d'araignée si vaste et si riche que David Lynch lui même se refuse à l'analyser et à la décortiquer. Il serait donc criminel de notre part que de vouloir tenter ce que le maître n'ose entreprendre. Ce n'est donc qu'uniquement dans l'intention de mieux vous aider à vous perdre dans cet envoûtant labyrinthe cinématographique, qu'en guise de synopsis nous nous contenterons de décrire cette route éponyme qui surplombe les hauteurs de Los Angeles et résume si bien son film: Ruban de bitume qui serpente dans les collines d'Hollywood, elle est en quelque sorte la frontière entre la grouillante mégapole des rêves et des illusions, et la réalité de l'Ouest sauvage. A la fois lieu de rendez-vous des amoureux et repaire de gangsters en tous genres, elle part d'une monstrueuse autoroute pour se transformer 50 miles plus loin en un petit chemin de terre qui mène on ne sait où. Route de mystères et de contrastes, jalonnée de villas de stars renfermant leurs secrets, et de «no man's land» remplis d'histoires étranges et de rumeurs, elle dévoile à ceux qui veulent bien s'y aventurer ses virages et ses mirages, ses fantômes et ses fantasmes.

Notre critique:

Souvenez-vous, la dernière fois que David Lynch nous avait convié à faire un bout de chemin avec lui (et encore une fois formidablement bluffé) remonte à il y a trois ans. C’était au volant d’une tondeuse à gazon à travers le doux regard bleu délavé d’un beau vieillard sur l’une de ces routes de campagne du Middle West bien tranquille et parfaitement droite. Il n’était pas prévu que les retrouvailles soient aussi rapides mais fort heureusement le hasard qui fait parfois rudement bien les choses en a décidé autrement. A l’origine épisode pilote d’une série télé pour la chaîne ABC, MULHOLLAND DRIVE n’aurait en effet jamais dû prendre la direction de nos salles obscures. Mais le projet jugé peu conforme aux canons cathodiques made in USA, le prive d’une nouvelle expérience à la TWIN PEAKS pour mieux lui offrir un prix Cannois de la mise en scène et aussi et surtout la possibilité de réaliser une grande oeuvre pour ne pas dire carrément un chef-d’oeuvre.

Si il y a des films que l’on regarde, il y en a d’autres que l’on se prend en pleine figure et ce nouvel opus fait partie de ceux là. Ceux qui en ont déjà fait l’expérience savent à quel point l’inconscient et l’imaginaire peuvent savamment s’imbriquer et se mêler au quotidien dans l’univers Lynchéen et combien son cinéma joue et repose sur des associations d’idées. Y pénétrer c’est donc être prêt à perdre ses marques et ses repères, accepter de se laisser happer et bousculer pour plonger au plus profond du monde qu’il nous propose. Entre rêve et réalité, vérité et mensonge, MULHOLLAND DRIVE atteint des sommets d’élégance, de suspense et de mystère en la matière. Chercher à tout comprendre et à tout expliquer de cette histoire serait une erreur, d’une part parce que face à la multiplication des personnages, des histoires parallèles, des rebondissements et des décalages, la surchauffe neurologique risque de vous guetter mais aussi et surtout parce que c’est justement l’insensé et l’incohérent qui font le génie du cinéma de Lynch.

Prestidigitateur schizophrène du 7ème art, avec un immense talent le bonhomme a cette façon incomparable en nous poussant dans nos retranchements, de réveiller en nous le doute et les interrogations, de susciter l’angoisse et la fascination. On se surprend alors à arriver à passer en l’espace de quelques minutes du rire à la peur, de la curiosité à l’éblouissement tout en se demandant quelque part si après tout on ne serait pas un peu l’objet du film alors qu’il s’amuse à faire basculer toutes nos logiques et nos interprétations pour mieux nous laisser le choix de décider du film que l’on souhaite regarder. Oeuvre de l’illusion parfaite, de la manipulation et de l’illogisme, MULHOLLAND DRIVE est une invitation à se laisser aller, à se laisser envoûter par ses plans d’une immense beauté, à se laisser bercer par les accords merveilleux du fidèle Badalamenti et sortir de la salle dans un état second avec l’envie d’y retourner. Mais chut, « Silencio »…

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Journaliste

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