Equipe: Billy Bob Thornton, Halle Berry, Marc Forster, Milo Addica, Taylor Simpson, Will Rokos
Durée: 108‘
Genre: Drame romantique
Date de sortie: 19/03/2002
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Comme son père avant lui, Hank travaille au quartier des condamnés à mort de la prison du coin. Son fils Sonny y fait ses débuts. Hank a depuis longtemps appris à taire ses émotions, mais Sonny, lui, est beaucoup plus sensible. Lors de l’exécution capitale de Lawrence Musgrove, le jeune homme craque. Son père ne lui pardonnera pas...

Notre critique:

Il fallait peut-être un européen tel que Marc Forster pour réussir un pari aussi casse-gueule que ce bal des monstres. Sous une profusion de thèmes accablants (la violence sociale, le racisme, le deuil, l’hérédité, la peine de mort, le poids du passé…), s’articule une belle et fragile histoire de gens avec ce qu’il y a de plus banal en eux, donc ce qu’il y a de plus extraordinaire au cinéma: la vie. Et ce pari cinématographique se voit relever avec un indubitable brio.

Faisant la nique à toutes les lois scénaristiques et hollywoodiennes, notre metteur en scène helvétique rassemble en un tour de manivelle une belle brochette de situations qui vous amputent la joie de vivre. Malgré tous les sales coups du quotidien, il met face à face deux personnages (Billy Bob Thornton et Halle Berry) piégés par leurs existences mais néanmoins en quête de libération et d’amour. Tous deux vont lutter, à leur manière, contre tous les bâtons que le hasard met dans leurs roues. En cherchant une issue quelconque à leurs malheurs, ils vont inéluctablement se rapprocher. A coups de non-dits, de gestes, de regards, ils vont s’apprivoiser. Mais là encore, cette folle de destinée va les marteler de problèmes…

Marc Forster sait prendre le temps. A la manière d’un Terrence Malick (même s’il remplace la nature par un semblant de ville), il pénètre directement dans la chair de son récit, laissant à d’autres les mises en places et autres chutes scénaristiques. C’est que le gaillard sait faire parler ses silences! Loin de toute contemplation, il laisse un homme et une femme se dévorer des yeux avec ce soupçon de timidité qui élève l’ensemble vers l’imperceptiblement humain. Hank (Billy Bob) et Letitia (Halle) s’éclairent l’un l’autre. Au cours d’une longue et belle scène d’amour, ils vont s’avouer leur besoin d’être aimé plus que d’aimer… Sans débordement, tout en finesse, Forster dévie du destin et fait place à la Vie, qui par un coup de baguette magique vient donner une chance à ce couple improbable… Reste une fin subtilement ouverte qui balaie en une fois tous les préjugés qu’ils proviennent de l’abondance des ressorts narratifs formatés ou des spectateurs eux-mêmes… Bravo!

Magistralement mis en scène, MONSTER’S BALL bénéficie également des exceptionnelles prestations de deux acteurs qui se répondent merveilleusement. Personnages que l’on comprend ou que l’on méprise, aime ou déteste, leurs profils hors-normes mais ô combien fragiles rendent grâce à une humanité que l’on croyait perdue. Mais soulignons également l’extraordinaire qualité sur le papier de cette oeuvre écrite par Milo Addica et Will Rokos. Pour un premier script, ils signent là une très grande réflexion sur les préjugés. Fort dans son discours, percutant dans son évolution, déstabilisant dans sa résolution! Immanquable et d’ores et déjà indispensable!

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Journaliste