Titre français: Princesse Mononoke

Equipe: Hayao Miyazaki
Durée: 135‘
Genre: Film d'animation
Date de sortie: 13/06/2000
Cotation: **** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

D'un côté il y a Eboshi, leader du clan des humains. Déterminée et calme, elle ne pense qu'à la progression de son "entreprise" métallurgique. Pour ce faire, elle doit continuer à détruire la forêt pour alimenter la forge en bois. De l'autre côté se dresse la Princesse Mononoke, une sorte d'enfant sauvage adoptée par une déesse louve. C'est une guerrière capable de sacrifices pour défendre le monde animal. Entre les deux se trouve Ashitaka, sorte de chaînon manquant. Victime d'une malédiction, il a fui son village et se retouve au mileu d'un conflit opposant les humains aux animaux.

Notre critique:

Ça fait 20 ans qu’il règne en maître absolu sur le secteur de l’animation, reléguant Walt Disney au stade quasi préhistorique de ce qu’on appelle communément le dessin animé : Hayao Miyazaki est prophète dans plus d’un pays. Vénéré par les animateurs des fast-fooderies de l’oncle Sam, encensé par les européens, l’homme a redéfini le genre. Après trois années d’une trépidante attente et huit ans après le superbe PORCO ROSSO, PRINCESSE MONOKE s’offre à nos yeux ébahis. Fidèle à lui-même, le réalisateur-monteur-scénariste et même intervalliste, Hayao Miyazaki brasse ses thèmes de prédilection. Ecologie, surnaturel, mysticisme, humanisme, animisme et voyage initiatique y sont pétris avec un savoir-faire inégalé.

Nous sommes en pleine ère Muromachi (1333-1568). Le Japon est encore une île couverte de forêts luxuriantes et sauvages. Le pays est en passe de rentrer dans la modernité, grâce à la fabrication intensive du fer. Sur ce fond d’évolution socio-économique, les destinées de trois personnages principaux se télescoperont.

Résumer une telle oeuvre relève de la gageure, tant les intrigues secondaires viennent se greffer sur le corps de cette fresque de deux heures quart (la version intégrale dépasse les deux heures trente). Le foisonnement interne à l’oeuvre ne peut pas prendre toute son ampleur sur papier, mais bien s’ouvrir à la vie sur un écran (de cinéma). Outre les éloges sur l’aspect formel de ce long-métrage (la fluidité de l’animation, le jeu sur les profondeurs de champ..), il serait inadmissible de passer sous silence la profondeur psychologique de l’ensemble. Chez Miyazaki, il n’y a pas de véritable méchant, rien n’est blanc ou noir, tout est nuancé. Ainsi, le personnage féminin d’Eboshi est à la fois un des plus grands prédateurs du monde végétal mais également une femme généreuse et protectrice. Teintant tous ces personnages d’ambiguïté, il les allie les uns aux autres, essayant d’atteindre une communauté où chacun pourrait trouver sa place. Les éléments font également partie intégrante de la filmographie de ce nippon au sens aigu de la narration. Le vent en particulier y symbolise l’état d’esprit des principaux protagonistes. Il en va de même pour les divinités animales, ici reflet nuancé des hommes dotés de leur intelligence, mais aussi de leur stupidité.

Même si l’action se situe au moyen âge, PRINCESS MONONOKE est une oeuvre résolument et intensément moderne, grâce à un discours qui trouve une résonance de nos jours et une galerie de personnages totalement contemporains. Voilà un immanquable divertissement qui changera monsieur tout le monde de ses habituelles distractions faites de celluloïd.

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Journaliste