Equipe:
Durée: 100‘
Genre:
Date de sortie: 17/05/2005
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Or vient chercher sa mère, Ruth, à l'hôpital et la raccompagne à la maison. Là, elle lui confisque ses clés, l'enferme puis va travailler dans un minuscule restaurant. Or est contrainte à ce recours car sa mère se prostitue et ne parvient plus à se sortir de ce milieu...

Notre critique:

Caméra d’Or à Cannes en 2004, MON TRESOR est un film traitant des rapports complexes qu’il peut exister entre une mère et sa fille au travers d’une relation peu commune puisqu’il s’agit ici d’une mère prostituée. Si clairement Or, à seize ans, est au début du film plus mère que fille au vu de son côté raisonnable, on sent rapidement qu’elle porte en elle les blessures de sa mère et les fragilités de cette dernière qui font qu’elle se donne à quelques jeunes gens chaque soir en revenant de son travail. Même si ces rapports furtifs et non payants ne sont pas encore de la prostitution, ils en sont indéniablement les prémisses.

Pour traiter son sujet, Keren Yedaya, la réalisatrice, a choisi un parti pris éminemment réaliste, privilégiant les plans fixes enfermant ses personnages dans des cadres exigus (le dos à dos dans la minuscule cuisine) pour marquer l’absence d’intimité qui les caractérise. Elle ne nous épargne rien de la prostitution crade et crue dans laquelle la mère sombre et rechute comme attirée par une plongée dans l’oubli d’elle-même. Très proche d’une descente dans l’enfer de la toxicomanie, la description de Ruth s’apparente à celle d’une droguée qui ne parvient plus à s’arrêter.

Si Or essayera de sauver sa mère, on se doute d’avance qu’il s’agit d’une cause perdue, car d’une certaine façon, Or n’a pas le droit à une relation normale (l’échec avec Ido, son voisin, en est l’illustration). La jeune fille, comme sa mère d’ailleurs, ne sait pas dire non et finira inévitablement par faire le sacrifice de son corps comme pour échanger son mal contre le bonheur de sa mère… Que ce soit Ronit Elkabetz (Ruth) ou Dana Ivgi (Or), les deux interprètes féminines sont à couper le souffle, servant un réalisme dur par leur seule présence et quelques regards.

Difficile donc d’échapper à ce film qui n’est pas sans rappeler MOI, CHRISTIANE F. et qui est à réserver à un public averti…

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef/Journaliste

Journaliste indépendant dès 1989 qui, depuis cette époque, se pose toujours la question de savoir si il est journaliste, informaticien, biologiste ou ... extra-terrestre. Peut–être un peu tout ça pensent certains...