Equipe:
Durée: 90‘
Genre:
Date de sortie: 05/08/1997
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Martial est écrivain. Il est fier, imbu de lui-même, et, pire que tout, il ne résiste pas aux charmes féminins. Il hante les rayons de la FNAC en quête d'un admirateur potentiel. C'est ainsi qu'il tombe sur Camille, irrésistible et mystérieuse. Il n'en faut pas plus pour que Martial perde le sens de la réalité. Il la suit, la traque jusque dans son intimité et la prend comme sujet principal de son deuxième roman. En un mot: il tombe amoureux! Mais les soupçons de Lucie, l'épouse de Martial, s'éveillent...

Notre critique:

MAUVAIS GENRE est une comédie rocambolesque sans prétentions et sacrément amusante. Pour son quatrième film, Laurent Bénégui nous plonge avec adresse dans un univers doucement décalé, peuplé de personnages attachants.

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Le scénario, écrit par Bénégui lui-même, est extrêmement riche. Il s’articule autour du sempiternel trio amoureux: la femme, le mari et la maîtresse. Le français entraîne ses trois personnages principaux dans un véritable cauchemar burlesque. Il construit une intrigue à rebondissements qui sert de prétexte à de nombreuses digressions. Martial s’emprisonne lui-même dans ses romans largement autobiographiques. En mélangeant sa vie privée (et celle des autres) et la fiction, il fabrique des mensonges dangereux, qui l’emportent peu à peu vers sa perte. Bénégui nous parle aussi de la mort, de la peur de disparaître, mais il dédramatise son propos avec un humour de bon aloi. En fait, il soigne son film jusque dans les moindres détails. Il cultive l’art de la surprise et saupoudre son histoire d’imprévus et de clins d’oeil, comme l’apparition de Paul-Loup Sulitzer dans son propre rôle!

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Dans la forme, le français, qui a réalisé AU PETIT MARGUERY, choisit la simplicité. Son montage est discret. Il s’efface si bien qu’on finit par ne plus discerner les extrapolations imaginaires de Martial des péripéties de sa vie réelle. Une photographie soignée donne de l’ampleur au film. Bénégui voit grand, il nous emporte sur les toits de Paris: l’illusion est parfaite. MAUVAIS GENRE, petite production, se libère des contraintes matérielles et se hausse au niveau des grands.

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Les interprètes sont sidérants: Jacques Gamblin, dont les apparitions cinématographiques sont de plus en plus fréquentes (PEDALE DOUCE, TENUE CORRECTE EXIGEE, MON HOMME), trouve enfin un premier « premier rôle ». Lâche, sensible, égoïste et batailleur: il compose un Martial tout en facettes, ironique et crédible. Lucie est jouée par Elina Lowenson, actrice fétiche de Hal Hartley qu’on retrouve notamment dans AMATEUR et FLIRT. Roumaine d’origine, son charme et son accent sont tout simplement craquants. Pour Camille, Bénégui a choisi Monica Belucci, découverte par Coppola dans DRACULA, et récemment gitane sourde et muette dans DOBERMANN. Elle symbolise la force face à la lâcheté des autres personnages. Il en émane naturellement cette aura vénéneuse et fatale qui caractérise « la femme au chapeau ».

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Dans TIRE A PART, Bernard Rapp abordait le monde littéraire sous l’angle de l’intrigue policière. Dans MAUVAIS GENRE, Laurent Bénégui l’aborde sous l’angle de la comédie qui a du cerveau. Avec un talent indiscutable et une fraîcheur tonifiante qui font du bien au ventre en cette période estivale.

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