Equipe:
Durée: 108‘
Genre:
Date de sortie: 07/05/1996
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Le docteur Jekyll habite en Angleterre, dans une ville qui semble ne jamais avoir connu le jour tant le brouillard y est épais. Dans une maison grise, il poursuit des études sur l'animal qui sommeille en nous et en lui, et il parvient à le réveiller. L'animal s'appelle mister Hyde et il n'a pas envie de se rendormir, ce qui provoque quelques antagonismes avec le docteur Jekyll. Le docteur Jekyll a aussi du personnel de maison, parmi lequel on trouve Mary Reilly, jeune fille effacée au passé pénible. Elle est intriguée par la personnalité du docteur, qui le lui rend bien, et complètement fascinée par mister Hyde, qui aimerait le lui rendre encore mieux.

Notre critique:

L’histoire du docteur et du mister est connue comme un vieux sou: conflit entre le Bien et le Mal comme constituants de la personnalité de l’être humain; attraction que le Mal exerce sur autrui; les thèmes abordés dans le livre de Stevenson en ont fait une oeuvre majeure du patrimoine littéraire occidental.

Lors du passage à l’écran, il n’est dès lors pas évident de surprendre avec la trame de l’histoire. Reste la manière de raconter.

Au fil des séquences, il apparaît que Stephen Frears n’a pas complètement réussi son projet. Si la mise en image est effectivement brillante – en bonne partie grâce aux talents de Philippe Rousselot, le directeur photo -, Frears apporte peu de choses quant à la thématique du récit. C’est pourtant la façon d’aborder les personnages et leurs relations qui est sensée constituer l’intérêt principal de cette histoire inventée par Stevenson, histoire qui relève bien plus du psychologique, voire du philosophique, que de l’émotionnel et du spectaculaire. Et justement, c’est cette approche qui reste tout au long du film étonnamment fade. D’aucun prétendront qu’il s’agit là de subtilité parfaitement conforme aux comportements pratiqués au 19ème siècle, siècle du puritanisme et de la répression des sentiments. Sans réfuter totalement la pertinence de l’argument, il manque aux personnages principaux ce feu qui devrait pourtant ronger de façon visible des êtres soumis à des événements hors du commun. Evénements qui les feront se confronter à la nature profonde de l’Homme, et donc à eux-mêmes.

Le cas est particulièrement marquant avec Mary, beaucoup trop sobrement interprétée par Julia Roberts. Le dos courbé, la narine frémissante et l’oeil exorbité sont les trois éléments sur lesquels s’appuie l’essentiel de son jeu. Pour quelqu’un qui, peu à peu, se laisse envahir par une passion sulfureuse, et essentiellement sexuelle, envers un être qui est l’incarnation du Mal, cela parait un peu chiche dans la gamme des attitudes à afficher. Malkovich, s’il s’en tire un peu mieux, reste également en-deça des possibilités de ses personnages, allant même jusqu’à nous jouer DANGEROUS LIAISONS II (Le Retour) lors d’une scène très farce avec Glen Close.

Le même sentiment de « trop court » surgit à la vision de certaines scènes qui sont autant d’idées intéressantes (les fleurs, la maison close, l’abattoir, …) qui resteront malheureusement en suspens, ne nourrissant pas le film au-delà des promesses annoncées.

De MARY REILLY, on retiendra donc une superbe ambiance, et de Stephen Frears, la conviction qu’il n’est jamais aussi bon que sur des histoires qui charrient des sentiments humains beaucoup moins théoriques. Vivement THE VAN!

A propos de l'auteur

Journaliste