Equipe:
Durée: 86‘
Genre:
Date de sortie: 26/06/2001
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Bibiane a 25 ans et tout pour être heureuse: issue d'une famille riche, elle possède une chaîne de magasins de luxe, elle est jolie et a du succès auprès des hommes. Pourtant, derrière cette carapace de réussite absolue se cache une vie habitée par le mensonge et la désillusion. Bibiane a oublié depuis longtemps le goût du bonheur.rnLorsque, par une nuit pluvieuse où tout son monde s'écroule, Bibiane renverse un vieux pêcheur, son destin va lui offrir une seconde chance: alors qu'elle essaie d'effacer toute trace de son geste, elle rencontre le fils de sa victime entre-temps décédée.

Notre critique:

Attention, vous voici en présence d’une des révélations de l’année cinématographique!
MAELSTROM est un film canadien datant de l’année passée (2000). Il nous arrive enfin, auréolé de nombreux prix, tels ceux du meilleur film canadien et de la meilleure photographie au Festival des Films du Monde (Montréal) et celui du grand prix du jury du Festival du film d’amour de Mons. Nous ne citons pas par hasard ces deux prix: ils donnent déjà une idée assez complète de MAELSTROM. C’est une histoire d’amour puissante et originale, servie par une photographie superbe.
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Bien sûr, les puristes prétendront que cette démonstration rigoureuse de l’adage « l’amour est plus fort que tout » a de sérieux airs de déjà vu. N’empêche que l’emballage narratif vaut à lui seul le détour! Jugez vous-même: la décadence puis la renaissance de Bibiane sont racontés par un poisson aussi grotesque que répugnant qui, d’une voix rauque, nous introduit le récit avant de se faire trancher en deux. En quelques secondes, Denis Villeneuve installe son ambiance et son style. Décalage extrême et humour noir corrosif nous accompagnent ensuite tout au long du film. Le canadien entraîne un scénario a priori linéaire dans des eaux saumâtres et poisseuses. Sans doute pour nous rappeler que, derrière les façades lisses du réel, tout est superficialité et grisaille. Peut-être pour souligner la complexité des sentiments humains et le chemin fragile qui peut mener, parfois, à la rédemption.

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Villeneuve soutient son discours par une mise en images magnifique. L’environnement urbain est filmé dans des tons bleus glacés qui témoignent de la déshumanisation progessive qu’impose la cité à ses habitants. Les êtres humains sont des petites taches roses et rouges qui brisent la monotonie de ces plans monochromes. Ce jeu de couleurs souligne à merveille le désaccord croissant qui sépare l’homme et le monde qu’il s’est construit.
Le réalisateur, entre autres issu du vidéoclip –ceci explique cela-, réinvente en permanence un univers très personnel. Il alterne les points de vue, les flash-backs et les séquences oniriques sans pour autant affaiblir le rythme de son récit. C’est évident: Villeneuve est un réalisateur dont il faudra suivre l’évolution ces prochaines années…

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Bibiane, la femme en perdition autour de qui chavire le récit (ou est-ce l’inverse?), ne pouvait trouver meilleure interprète que Marie-Josée Croze. Elle investit de son corps et de son âme un personnage fragile et intuitif, un être victime-bourreau qui dérive dans l’espace hostile de la vie. Sa composition, toute en finesse, est  audacieuse et pourtant empreinte d’une retenue émouvante. On ne serait guère étonné d’entendre vite reparler de cette actrice canadienne jusqu’ici inconnue.

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MAELSTROM balance avec virtuosité entre le film d’auteur et la fable bouleversante. C’est un film de sentiments, véritablement habité par son réalisateur et son actrice principale. Un film qui se regarde et s’apprécie avec les cinq sens. Un film émotionnel plus qu’intellectuel.

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Journaliste