Equipe:
Durée: 105‘
Genre:
Date de sortie:
Cotation: * (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Il y a deux groupes. Les adolescents: Arco, Malik et Mustapha, qui traînent dans les rues à défaut de traîner à l'école. Ils remplissent leurs journées monotones de bagarres et d'errances. Et puis, il y a les plus âgés: Djeff, J.M., Pete et Hamouda, qui parlent de filles et risquent leur vie en affrontant les clans des cités voisines.

Notre critique:

Jean-François Richet fait du cinéma prolétarien engagé. MA 6-T VA CRACK-ER complète son ETAT DES LIEUX, sorti en 1995. Le film est un portrait alarmiste et sans concession des banlieues françaises, de ces jeunes qui n’ont connu que le chômage, qui sont emprisonnés par un système qui ne leur offre plus aucune perspective.

Richet vit depuis toujours dans les cités. Il travaille avec ses potes. Ils composent la musique. Ils jouent leur propre rôle. Pas question d’imiter une réalité sociale en perdition, on va la vivre en direct. MA 6-T VA CRACK-ER a la spontanéité et la puissance d’un documentaire. Et c’est dangereux. Car le cinéma n’est qu’une certaine vision de la réalité, choisie par le réalisateur. Richet en est conscient et a fait ses choix. Des choix discutables…

Dans LA HAINE, Kassovitz utilisait la poésie et l’esthétique pour transcender son sujet. Richet, lui, ne fait pas dans le détail. Il aligne des scènes chocs, intellectualise les dialogues, jusqu’à les rendre aberrants dans la bouche de ses personnages. Il ferme toutes les portes de sortie et aboutit à un scénario linéaire dont il ne nous reste plus qu’à attendre la fin, l’affrontement final, le grand clash qui oppose les désespérés aux forces de l’ordre. C’est la conclusion d’une démonstration fausse, au cours de laquelle Richet n’hésite pas à utiliser des généralisations dangereuses, comme ce policier raciste à l’accent marseillais. Il simplifie les caractères, caricature la réalité, au nom de quoi? De rien, puisqu’il ne propose aucune solution. Il s’arrête là où il faudrait commencer. MA 6-T VA CRACK-ER est un bilan noir, dramatique, et trompeur.

Même dans la forme, il est difficile de trouver un quelconque intérêt. D’innombrables maladresses parsèment le film. Richet utilise les plus grosses ficelles cinématographiques, et pas qu’une fois! Il hait la police: combien de fois n’insiste-t-il pas lourdement sur les insignes « Police Nationale » à grands coups de travellings amples et aériens. Le montage alterne les points de vue des sept personnages principaux sans chercher la cohérence: le propos s’emballe vite. On s’y perd. Quant à la scène de baston finale, une reconstitution d’émeute plus vraie que nature, elle s’éternise, se répète et ennuie. A force de trop en faire, Richet gâche tout.

C’est finalement au niveau sonore qu’on pourra y trouver son compte. La bande originale rap est assez sympathique. Le français a superposé les dialogues des différents personnages. Ils parlent tous en même temps. Si on y perd en compréhension, on y gagne beaucoup en rythme.

MA 6-T VA CRACK-ER ne s’adresse à personne. Ni aux gens des banlieues, à qui il n’offre rien, pas même un hommage, ni au grand public, qui s’en prendra peut-être plein la gueule, mais qui ne comprendra pas plus la situation de crise que vivent les cités françaises. Il ne reste que les curieux à tendance maso, ou les nihilistes convaincus. Choisissez votre campŠ

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Journaliste