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Date de sortie: 18/09/2001
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Tanger, ville grouillante et bouillonnante, carrefour entre l’Afrique et l’Europe, lieu de passage et de transit par excellence. C’est sous son soleil de plomb que Serge le camionneur fait escale entre deux transports de cargaisons à la recherche de celle qu’il aime. Elle, c’est Sarah, juive marocaine. Brisée par la mort récente de sa mère, elle a d’autres soucis et hésite à abandonner la pension familiale pour commencer une nouvelle vie au Canada. Et puis, entre ces deux là il y a leur ami Saïd. Acrobate-saltimbanque, cet enfant du pays ne rêve que de le fuir clandestinement pour rejoindre l’Europe. Ces trois figures (ces trois «S») qui s’opposent et se confondent dans un même sentiment d’exil et de rattachement, vont se retrouver chacun à la croisée d’un chemin qui, en trois jours, va bousculer leur destin. Chacune de leur histoire va se rejoindre, se heurter, parfois se manquer, à la recherche de la vérité nécessaire pour amorcer, chacun à leur façon, le grand tournant de leur vie.

Notre critique:

Pour son quinzième film, André Téchiné a décidé de larguer les amarres et d’aller voir ailleurs. Loin de chez lui où il semblait manquer d’oxygène, mais aussi loin de l’échec d’ALICE ET MARTIN, son film précédent. C’est à Tanger, ville mythique et littéraire, zone-frontière propice à l’évasion et à l’aventure, qu’il a choisi de faire de nouvelles rencontres pour mieux se retrouver. Pour des raisons de budget, tourné avec des bouts de ficelle en vidéo numérique et le plus souvent en extérieurs, LOIN (initialement baptisé TERMINUS DES ANGES) est un film qui respire la plénitude et la limpidité. Revenant à la liberté de ses débuts et à une inspiration plus personnelle, Téchiné confirme qu’il n’est jamais aussi à l’aise que lorsqu’il confronte son cinéma à l’imprévu et à la jeunesse de ses comédiens. Bien que les retrouvailles de Stéphane Rideau et Gaël Morel ne soient pas sans rappeler LES ROSEAUX SAUVAGES (les prénoms des personnages y étant repris), le soleil marocain donne à son nouveau film des teintes inédites. Du coup, son penchant pour le romanesque et les situations fiévreuses renaît ici sous des allures plus humaines et sereines où se mêlent la chaleur des visages et celle des paysages. Emouvants et avec beaucoup de justesse, ses personnages nous entraînent à travers leur histoire personnelle vers les désirs, les doutes et les destins des uns et des autres. Cette construction en mosaïque qui joue à faire s’entrecroiser les multiples fils narratifs, à esquisser ou développer une multitudes de récits, d’histoires et de liens possibles, fait la force de ce film. Mais il est vrai qu’elle peut aussi pas mal décontenancer. A travers cet écheveau de vies à démêler, LOIN nous livre aussi plusieurs sujets d’actualité brûlants (le trafic de la drogue, le drame des passagers clandestins), avec toujours beaucoup de pudeur et de sensibilité.

C’est donc sous de nouveaux horizons, sans vedettes et avec une majorité d’acteurs Marocains inconnus et extraordinaires, qu’André Téchiné confirme son talent et sa virtuosité discrète dans ce nouvel opus tendre et sensible. Ses admirateurs ne seront pas déçus et s’accorderont même à penser que ce film est peut-être son meilleur depuis bien longtemps. Quant à ceux qui souhaiteraient faire sa connaissance, cette invitation au voyage ne se refuse pas. Enfin souhaitons bonne chance à la jeune Belge d’origine marocaine, Lubna Azabal (son premier grand rôle) dont la présence et l’énergie incroyable laissent à penser que le cinéma n’a pas fini de la réclamer.

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Journaliste

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