Equipe: Sylvain Chomet
Durée: 79‘
Genre: Film d'animation
Date de sortie: 24/06/2003
Cotation: **** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Petit garçon grassouillet et mélancolique, Champion voue une véritable passion au cyclisme et à la "petite reine". Adopté et élevé par Mme Souza, sa grand-mère portugaise, après des années d'entraînement intensif et acharné, il devient un as du vélo et se retrouve tout naturellement coureur dans le célèbre Tour de France. Mais pendant une étape alors qu'il est à bout de souffle, Champion se retrouve soudainement happé par la voiture-balai et est enlevé par deux mystérieux hommes en noir. Accompagnée de son fidèle chien Bruno, mamie Souza part aussitôt à sa recherche. Leur filature les conduit rapidement de l'autre côté de l'océan, à Belleville, une immense mégapole où ils feront la connaissance des fameuses Triplettes. Ces trois ex-gloires du music-hall, excentriques et à l'énergie dévastatrice, sont bien décidées à les aider pour retrouver la trace de Champion malgré les menaces de la puissante mafia française qui rôde.

Notre critique:

On en a peut-être peu parlé mais c’est sous une pluie d’applaudissements et les yeux embués que Sylvain Chomet est venu présenter son premier long métrage animé au dernier Festival de Cannes. En sélection officielle mais malheureusement hors compétition, LES TRIPLETTES DE BELLEVILLE n’ont absolument pas volé ce tonnerre de félicitations tant ce film est un petit bijou de fraîcheur et d’inventivité. Tiens, si on osait, on vous dirait même de foncer tête baissée dans le guidon, vous griser l’esprit avec cette savoureuse échappée cinématographique.

Bien connu du petit monde de la BD, si ce talentueux bonhomme qu’est Sylvain Chomet s’était déjà fait remarquer en 1997 avec un premier court métrage (LA VIELLE DAME ET LES PIGEONS) nommé aux Oscars, il signe ici (après 5 années de dur labeur) la preuve en images que le cinéma d’animation d’auteur existe et que les francophones n’ont rien à envier aux maîtres japonais ni aux grosses machines américaines. Produit et réalisé grâce à la collaboration d’une équipe canadienne, française et Belge (le studio Walking the dog), ce dessin animé marie avec brio et virtuosité la patte artisanale du coup de crayon riche et chaleureux aux techniques de la 3D sans pour autant en abuser. Alors que de plus en plus souvent on cherche à faire naître l’émotion à travers une profusion d’effets spéciaux, Chomet, lui, préfère se concentrer sur les tons et les couleurs de ses décors, la folie imaginative de ses trouvailles visuelles et son sens absolu du détail qui déborde de chaque plan, le tout au service d’un humour noir fin et acerbe.

Avec ses personnages aux tronches attachantes, son rythme trépidant habillé d’une musique élégante et swinguante, ce choix de remplacer les mots par des expressions faciales et corporelles, des tics, des onomatopées ou encore des sons étranges, il émane de ces Triplettes une poésie populaire et pittoresque à la Doisneau teintée d’une délicate nostalgie doucereuse. En accumulant les références hilarantes, en superposant les mythes et les symboles français et américains de l’après guerre (Baker, Astaire, Trenet, Reinhardt sont de la fête), baignant son graphisme rétro dans des petits riens pas si innocents que ça et rendant hommage au passage au cinéma muet et à celui de Tati , ce petit film décidément très grand multiplie les éclats de génie.

Oeuvre riche au charme fou qui mérite sans doute plusieurs visions pour ne pas en perdre une bouchée, ces Triplettes méritent incontestablement le maillot jaune. Drôle, magique et débordant d’humanité, ce film d’animation qui saura réconcilier les accros et les allergiques, vaut bien mieux pour le moral que n’importe quelle petite pilule miracle.

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