Equipe:
Durée: 105‘
Genre:
Date de sortie: 18/12/2001
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Il était une fois deux soeurs jumelles.
rnLucie, la poupée de nuit exhubérante qui façonne son destin en offrant son sexe à tout va. Lucie, qui, à force d’y croire, parvient à décrocher l’opportunité d’enregistrer un disque… et donc d’accéder à son rêve ultime de célébrité. Hélas, Lucie est incapable de chanter.
rnMarie, par contre, possède ce don. Marie l’introvertie, brimée, repliée sur elle-même, en guerre contre le monde entier, y compris, et surtout, sa soeur. Appelée par cette dernière pour prendre sa place sur scène, elle sera amenée à la remplacer également dans la vie de tous les jours. Car ne supportant pas l’irruption dans sa vie de Marie, Lucie se suicide.rn

Notre critique:

LES JOLIES CHOSES est une sacrée claque dans la gueule, de la trempe de celles qui laissent des cicatrices émotionnelles au travers du coeur.

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Le film, un drame d’amour et d’incompréhension doublé d’une peinture cynique du monde du showbiz, est adapté du roman éponyme de Virgine Despentes. Contrairement à BAISE-MOI, qu’elle a réalisé elle-même, l’écrivain française a lâché (non sans angoisse!) les droits sur son livre au producteur Stéphane Marsil et au réalisateur Gilles Paquet-Brenner qui signe ici, à 26 ans, son premier et prometteur long métrage. Le résultat respire la sincérité et est admirablement balancé.

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Les images de Paquet-Brenner sont en parfaite symbiose avec l’univers cru et brutal de Despentes. Jamais envahissante mais pourtant bien présente, sa mise en scène donne écho à la poésie urbaine du roman. Quant aux scènes sexuelles et violentes – des éléments indissociables du nom de la romancière, Paquet-Brenner prend le parti de les traiter de front sans pour autant sombrer dans les débordements qu’a connu le cinéma français ces derniers temps. Mais le choix le plus habile du jeune réalisateur est d’équilibrer son visuel avec les deux autres points forts de son film: les dialogues et les acteurs.

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Les dialogues, souvent en voix off, sont largement repris du livre. On s’aperçoit à leur écoute de l’immense talent de Despentes, qui allie une langue dépouillée, sans strass, à une puissance évocatrice percutante. LES JOLIES CHOSES rétablit la vérité sur le personnage de la romancière souvent injustement enfermée dans une caricature d’agitatrice grossière et vulgairement provoc’ qui l’accompagne depuis la sortie de BAISE-MOI. Certains avaient peut-être déjà lu entre les lignes, mais c’est désormais clair: la prose de Despentes est parfois extrême, sensible, féministe, mais surtout pas gratuite. Elle a sans conteste sa place dans la littérature d’aujourd’hui.

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Restait à trouver des acteurs capables de s’immerger dans cet univers particulier. Le casting est sans faille. Patrick Bruel et Ophélie Winter s’investissent dans des seconds rôles sophistiqués qui ancrent le film dans le monde du show business. Stormy Bugsy est épatant dans un rôle à cent lieues de son image publique, un rôle intériorisé, à fleur de peau, qu’il s’approprie totalement. Enfin, dans le double rôle de Lucie et Marie, la révélation de cette fin d’année s’appelle Marion Cotillard (TAXI, TAXI 2). Tour à tour rebelle et fragile, violente et bousculée, l’actrice évolue dans un registre vaste et délicat qu’elle n’avait jusqu’ici qu’effleuré. On lui souhaite vivement d’en poursuivre l’exploration tant l’émotion qu’elle distille à l’écran est palpable et sincère.

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On ne serait pas étonné d’entendre à nouveau parler des JOLIES CHOSES dans quelques mois, lors de ces fameuses cérémonies d’auto-congratulation du métier. Mais que cette perspective ne vous empêche pas, que du contraire, de vous ruer au cinéma vous prendre LA taloche de Noël…

A propos de l'auteur

Journaliste