Equipe: Jacques Audiard, Jake Gyllenhaal, Joaquin Phoenix, John C. Reilly, Thomas Bidegain
Durée: 121‘
Genre: Film d'aventures, Thriller
Date de sortie: 24/10/2018
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Charlie et Elie Sisters évoluent dans un monde sauvage et hostile, ils ont du sang sur les mains : celui de criminels, celui d'innocents... Ils n'éprouvent aucun état d'âme à tuer. C'est leur métier. Charlie, le cadet, est né pour ça. Elie, lui, ne rêve que d'une vie normale. Ils sont engagés par le Commodore pour rechercher et tuer un homme. De l'Oregon à la Californie, une traque implacable commence, un parcours initiatique qui va éprouver ce lien fou qui les unit. Un chemin vers leur humanité?

Notre critique:

Présenter Jacques Audiard n’est pas nécessaire tant sa filmographie parle pour lui. Après sa Palme d’Or remportée en 2015 avec DHEEPAN, le voici de retour avec LES FRERES SISTERS, un projet qui marque de nombreuses premières. En effet, c’est son premier film en anglais, avec des stars américaines et c’est aussi la première fois qu’il collabore avec le chef opérateur belge Benoit Debie. Sur le papier, le film évoquait tant de promesses. Il s’agit d’un western en anglais avec un casting de stars (Joaquin Phoenix, Jake Gyllenhaal, John C. Reilly, Riz Ahmed, …) et un chef opérateur de talent. C’est donc logique que le projet suscite de grandes attentes. Alors qu’on l’espérait à Cannes, c’est Venise qui a les honneurs de la première mondiale, ce qui montre que du côté de la production, on espère participer à la saison des cérémonies.

La première scène se déroule de nuit. Un homme s’exclame et, juste après, les coups de feu partent. Les échanges ont lieu entre une maison et des hommes l’assaillant. Le fond est noir, la seule couleur qui apparaît est celle des coups de feu. C’est sublime, iconique et donne directement le ton. On savait qu’Audiard et Debie feraient du bon travail ensemble et, dès le début, ils montrent la hauteur du niveau, un niveau rarement égalé au cinéma. De beaux plans, dont d’autres de nuit, le film n’en manque pas. La qualité de la photographie est hallucinante tout du long, en espérant qu’Audiard et Debie collaborent à nouveau dans le futur.

Cette première scène donne aussi le ton au sujet de la violence et des protagonistes, les frères Sisters. Après la fusillade, ils s’amusent à compter le nombre de personnes que chacun a tué. L’un a clairement le dessus sur l’autre. Plus déterminé, plus violent, il dégaine la gâchette plus rapidement. Il s’appelle Charlie (Joaquin Phoenix) et, contrairement à ce qu’on pourrait penser, c’est le cadet de la fratrie. Son frère ainé, Elie (John C. Reilly), a une bonhommie que Charlie n’a pas. Il est aussi plus posé et aimerait tirer un trait sur cette vie de mercenaire.

La mission des frères est de retrouver un chercheur d’or, Hermann Kermit Warm (Riz Ahmed), qui a mis au point une technique infaillible pour en trouver plus que la concurrence. Retrouver cet homme se fera via l’aide d’un détective privé, John Morris (Jake Gyllenhaal), chargé de le trouver et de le suivre jusqu’à ce que les frères arrivent pour lui soutirer ses informations et le liquider.

Audiard profite du trajet des frères et de la période durant laquelle Morris va surveiller et approcher Warm pour poser les enjeux. La mission n’est presque qu’un prétexte pour faire évoluer ses personnages. Chacun d’entre eux va devoir remettre en question ses idées, pensées, sensibilités. C’est évidemment progressif mais c’est entamé dès le début. C’est ainsi que le développement des personnages s’en trouve grandi. Chaque duo, les frères d’un côté, Morris et Warm de l’autre, fonctionne parfaitement. Au moment où ils vont se retrouver à quatre, car ce moment arrive bien entendu, le chamboulement sera total et la frontière entre bons et mauvais va devenir plus floue.

Les scènes de fusillades sont plus ou moins nombreuses. En tout cas, il y a assez d’agitation que pour satisfaire le public. Il y a également beaucoup d’humour et, surtout, de cynisme. Audiard fait monter la tension et l’envie de voir se dérouler certaines choses avant de retourner les spectateurs comme des crêpes et leur servir autre chose à la place. Il n’est pas question de twists, juste d’une excellente structure narrative dont on se délecte. La mise en scène d’Audiard est toujours aux petits oignons. Il filme superbement bien les étendues, plaines et montagnes tout en se mettant essentiellement au service de ses personnages. Les décors sont des personnages à part entière et sont plutôt différents de ce que l’on a l’habitude de voir dans les westerns américains. Il s’agit d’un univers neuf pour Audiard et il a bien su se l’approprier. De la même façon, Alexandre Desplat signe aussi une partition inédite, loin de son champ de jeu habituel. Il se renouvelle quelque peu et étonne. Il commence à faire de plus en plus de bandes originales correctes et intéressantes, on ne s’en plaindra pas.

Avec un casting composé de Joaquin Phoenix, Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed et John C. Reilly (qui est la personne ayant approché Audiard avec le projet à la base), il était peu probable qu’une catastrophe ait lieu. Si les deux duos fonctionnent si bien, c’est certes grâce à l’écriture des personnages, mais aussi grâce au talent de leurs interprètes. Chacun fait ce qu’il sait faire de mieux, chacun dans son style. Nul ne sort des sentiers battus mais les voir évoluer de la sorte et s’éclater est jouissif.

Finalement, LES FRERES SISTERS est un western qui semble classique mais qui parvient à surprendre notamment grâce au ton employé, entre extrême violence et humour cynique. Le cocktail est divin, parfaitement exécuté par Audiard, son équipe technique et son casting cinq étoiles. Le passage au projet en anglais avec des stars est réussi avec brio, là où nombreux de ses compatriotes se sont plantés, ce qui laisse l’espoir qu’Audiard poursuivra dans cette voie. De notre côté, on en redemande.

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A propos de l'auteur

Thibault van de Werve

Ce jeune passionné de cinéma, formé entre autres au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, affectionne en particulier Steven Spielberg, Terrence Malick et Alejandro Gonzalez Iñárritu. Il écume avec passion les visions de presse et les nombreux festivals belges, où il s'est déjà retrouvé juré (Brussels Film Festival, Festival du Film d'Amour de Mons, Festival du Film Policier de Liège...), tout en officiant par ailleurs pour les pages culturelles de La Libre Belgique.