Titre français: L'Enfant

Equipe:
Durée: 100‘
Genre:
Date de sortie: 13/09/2005
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Petite maman-enfant, Sonia qui vient d'accoucher sort de la maternité avec son poupon dans les bras à la recherche de Bruno son amoureux à qui elle a hâte de présenter Jimmy ce bébé qui va changer leur vie. Arrivée chez elle, on lui ferme la porte au nez, Bruno a loué son appartement pour se faire un peu d'argent pendant son absence. Pas mauvais bougre mais plutôt jeune chien fou qui aurait grandi trop vite, le jeune homme qui vit de larcins et petits trafics en tous genres n'a pas vraiment la fibre paternelle, préférant vivre dans l'instant et faire face à ses préoccupations immédiates. Livré à lui-même dans une économie de survie, les vols à la tire, les ventes d'objets divers tombés du camion et les magouilles douteuses sont ses priorités, lui permettant ainsi de gagner rapidement de l'argent et de le dépenser aussi vite pour manger, dormir et s'acheter ce dont il a envie en fonction de ses coups de tête. A force de ne rien garder et de tout revendre, pour se procurer une liasse conséquente de billets, sans réfléchir aux conséquences de son geste il va oser commettre l'impensable, faire de son fils une simple monnaie d'échange. Il y a des gens sans scrupules prêts à payer très cher pour "acheter" ce nouveau-né. Pas grave, dira-t-il à Sonia effondrée, on en fera un autre! Pour elle c'est la fin du monde et pour lui le début d'un engrenage fatal...

Notre critique:

Ce qu’il y a de bien avec les frères Dardenne depuis 1996 et leur PROMESSE, c’est justement qu’en matière de cinéma ils les ont toujours tenues. Radicaux et sans concessions dans le fond comme dans la forme, leurs films se suivent et s’enchaînent avec une cohérence qu’un regard trop hâtif pourrait faire prendre pour une absence de renouvellement. Toujours ces décors gris de la banlieue liégeoise qui les a vu grandir, toujours ces personnages déclassés d’un quart monde qui dérange notre bonne société, toujours cette caméra qui leur colle au train et ne les lâche pas d’une semelle, toujours cette absence de musique ou d’artifices dans leur mise en scène vive et déstabilisante pour un spectateur peu habitué à être malmené.

Leur dernier rejeton ne déroge pas à ces règles et à leur patte une nouvelle fois « palmée » par le jury cannois: Les rues de Seraing et ses bords de Meuse se font plus que jamais l’écho visuel de toutes les citées industrielles frappées par le déclin économique. Et Sonia et Bruno, jeune couple à peine sorti de l’enfance, sont cette fois-ci les anonymes de ce monde déglingué, chargés de nous entraîner avec humanité dans cette tranche de cinéma-vérité. Comme à leur habitude, sans misérabilisme ou manichéisme, les frangins partent en guerre contre les maux de notre société qu’on a parfois tendance à oublier. Mais là où bon nombre se bornent à dénoncer ou critiquer la précarité, la marginalité ou les conditions de vie misérables qu’on refuse souvent de voir, la force des réalisateurs belges est non pas de seulement nous raconter une histoire poignante et réaliste mais bel et bien de nous happer viscéralement dans leur récit.

Sans temps mort, filmé dans l’urgence, L’ENFANT est un film qui ne juge pas même les actes les plus irresponsables de ses protagonistes, mais agit comme un électrochoc. Tout comme pour ses personnages toujours en mouvement pour ne pas tomber dans le trou, les cheminements et les épreuves qui jalonnent leur parcours amènent à s’interroger à prendre conscience et à progresser. A l’image de Déborah François, cette jeune inconnue débordante d’énergie ou d’un Jérémie Rénier extraordinaire de promesses neuf ans après ses débuts, le cinéma de Jean-Pierre et Luc Dardenne s’inscrit plus que jamais entre renouveau et maturité, ça serait dommage de ne pas vouloir l’adopter.

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Journaliste

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