Equipe:
Durée: 129‘
Genre:
Date de sortie: 07/06/2005
Cotation: * (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Alain Getty brillant ingénieur en domotique et sa frêle et douce épouse viennent de s’installer dans le sud de la France à proximité de l’entreprise qui l’emploie où il travaille à la mise au point d’une étrange webcam volante. Pour ce jeune couple modèle et bien comme il faut, tout est simple et sans histoires... enfin jusqu’au soir où ils décident d’inviter à souper Paul Pollock, le patron d’Alain et son inquiétante épouse. Un évier bouché par une drôle de bestiole, une soirée apparemment anodine qui va rapidement tourner court, les choses vont étrangement ne plus tourner rond et l'harmonie de leur petite vie tranquille et rangée va soudainement se retrouver complètement bouleversée et partir en vrille.

Notre critique:

Cela fait déjà cinq ans que Dominik Moll est venu nous présenter Harry son ami qui nous voulait du bien et auquel Sergi Lopez prêtait son inimitable accent catalan. A l’époque il décortiquait avec maîtrise et talent comment la normalité d’un couple au contact d’un trouble-fête pouvait radicalement voler en éclats. Le temps n’arrangeant pas la gamberge et les obsessions, c’est toujours avec le même co-scénariste qu’il décide une nouvelle fois de faire des vilaines misères au personnage de Laurent Lucas entouré pour l’occasion d’une distribution cinq étoiles. Avec LEMMING ce n’est plus un, mais deux amis (le mari et sa femme) qui viennent ainsi perturber la paisible existence d’une autre couple et transformer leur gentille vie en véritable petit cauchemar. Comme dans un bon Chabrol, Moll démarre son film et les hostilités par quelques jolis morceaux de satire sociale et d’absurde ordinaire, formidable occasion de se moquer un bon coup des conventions bourgeoises et d’épingler leurs petites manies, notamment celle agaçante de vouloir toujours tout contrôler. Puis jouant avec les double-fonds, il s’amuse à nous faire glisser progressivement vers l’angoisse et la crainte en faisant surgir petit à petit du quotidien un malaise poisseux et inquiétant. Les relations entre les personnages se troublent, l’incongruité des situations interpelle et en quelques scènes naît une inquiétante étrangeté où l’atmosphère devient délicieusement pesante.

Miam, captivés par ces énigmatiques dérapages et rebondissements sur le fil du rasoir, alors qu’en temps ordinaire on se serait royalement foutu de savoir que le lemming est en fait un petit rongeur scandinave, ici c’est avec étonnement et envie que l’on a hâte d’en savoir plus sur ses étranges moeurs. Et puis patatras, à l’image du siphon de l’évier d’Alain et Bénédicte, on se perd malheureusement dans les tuyaux bouchés d’une seconde partie nébuleuse et tortueuse qui a bien du mal à tenir ses promesses. Mêlant fantasme et fantastique à la manière d’un Lynch maladroit, osant l’inconscient et la sophistication façon Hitchcock en appuyant un peu trop sur ses respectables références, s’autorisant même au passage un clin d’oeil un peu caricatural au SHINING de Kubrick, à trop vouloir en faire, LEMMING perd de son efficacité et, pire que tout, finit par passablement ennuyer son monde. Bref on en arrive finalement et logiquement à se fiche de savoir pourquoi les lemmings se suicident quand ils n’arrivent pas à contourner un obstacle, le nôtre, à ce moment précis, étant la trotteuse de notre montre qui semble faire du surplace.

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Journaliste

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