Equipe:
Durée: 100‘
Genre:
Date de sortie: 24/03/1998
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Les premières minutes sont insoutenables. Au son d'une musique monocorde, un père bat sa femme sous les yeux de sa fille. Dans cette ferme isolée de Slovaquie, le silence absorbe l'horreur. La fille et la mère s'enfuient, mais le mari les rattrape. Le drame est inévitable. Il tue sa femme et se fait emprisonner à perpétuité. Désormais, Léa est orpheline. Elle se réfugie dans un mutisme complet et entretient le souvenir de sa défunte mère en lui écrivant des poèmes. On la confie aux paysans voisins. Jusqu'au jour où un allemand débarque et l'achète, pour l'épouser.

Notre critique:

LEA est un hymne tragique à l’amour. Les deux personnages principaux sont des êtres brisés par leur passé, qui se sont enfermés dans leur solitude. C’est le drame de l’incommunicabilité, mais aussi un appel au dépassement de soi. Franchir ses limites, avancer vers l’autre, une caresse, un baiser: ici, le moindre geste, le moindre regard s’interprètent. Le jeu d’acteur est précis et nous fait découvrir deux personnalités formidables: Lenka Vlasakova et Christian Redl.

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Le film est constamment en équilibre. Il nous secoue. Il nous arrache larmes et sourires. Le scénario a la force de la fatalité. Il entraîne ses protagonistes vers une fin inéluctable. La forme est sèche. Léa est muette, les dialogues sont donc réduits au strict minimum. La musique est insistante et répétitive. Elle entretient le sentiment de malaise et installe une distance entre le son et l’image qui traduit parfaitement le mutisme de l’héroïne principale. L’adéquation entre la forme et le contenu est impeccable. Physiquement et émotionnellement, LEA est un film qu’on subit.

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Les images sont magiques. Ivan Fila nous emmène dans des décors naturels fabuleux. La photographie est soignée. Certains plans sont de véritables tableaux qui résonnent avec l’état d’âme des personnages.

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LEA s’inscrit dans un courant typiquement européen. Un courant dans lequel l’art cinématographique s’allie à un scénario puissant et original. Sa forme inhabituelle et la rudesse psychologique de certaines scènes sont à la fois son point faible et son originalité. LEA dérange, LEA fait fondre en larmes, LEA n’est pas du cinéma facile.

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Mais qu’importe, quand un film vous bouleverse de la sorte, on est prêt à tout lui pardonner !

A propos de l'auteur

Journaliste