Equipe:
Durée: 85‘
Genre:
Date de sortie: 29/07/1997
Cotation: **** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

"La nuit du 21 septembre 1945, je suis mort".

Japon, été 1945. Kobé s'embrase sous les bombardements américains. Seita, quatorze ans, et sa petite soeur Setsuko, âgée de quatre ans, sont orphelins. Dans une ville poussée au fanatisme, même dans la défaite, deux enfants organiseront leur survie au quotidien...

Notre critique:

Les détracteurs de la japananimation ne connaissent, malheureusement, qu’un pôle de cette production: celui concernant l’industrie du manga animé, dépendant de la télévision, mondialement exporté, chargé de violence et graphiquement sommaire. Il existe une autre facette de cette animation. Elle inclut une production de longs métrages indépendants très reconnue au Japon mais dont la séduction n’a pas encore pu totalement agir en Europe. LE TOMBEAU DES LUCIOLES est un des plus beaux exemples de ce que peuvent faire les créateurs et animateurs japonais en matière de dessins animés.

Attention les yeux! Huit ans après sa réalisation, ce chef-d’oeuvre sort sur nos écrans. Ce film sans complaisance ni effets mélodramatiques va vous secouer. Jamais l’enfance avec ses joies quotidiennes, ses émerveillements, ses consolations, ses souffrances n’aura été traitée avec autant de rigueur au cinéma! Sans avoir recours au merveilleux et aux artifices habituels, Takahata dépeint avec justesse et détails une enfance brisée par la guerre et les hommes. Mais sans s’attarder sur les causes de leur malheur, le réalisateur occulte la peine et les éléments extérieurs pour laisser les enfants vivre leur vie. Nous assistons avec délice, joie et parfois tristesse à la vie de ce petit couple que forment Setsuko et Seita. Par le surcroît de réalisme que Takahata met dans son film, il fait naître la poésie au milieu du chaos. Là où, on aurait aisément pu imaginer des acteurs évoluer au coeur d’une histoire profondémment humaine, on nous sert un dessin animé, mais quel animé! A ce propos Takahata déclare: « Souvent les gens me demandent pourquoi je ne dirige pas de véritables comédiens. Mes films, surtout LE TOMBEAU DES LUCIOLES et ONLY YESTERDAY sont si près de la réalité que je pourrais, c’est vrai, mettre en images les mêmes histoires avec de véritables acteurs. Mais je ne pense pas que ceux-ci peuvent être aussi bons que Setsuko et Seita. Des comédiens ne pourraient jamais atteindre leur précision, prétendre à cette émotion, à leur pureté. Le crayon, des milliers de dessins, des erreurs mille fois corrigées peuvent montrer cette émotion. Modifier à volonté l’expression des visages, gommer, recommencer à l’infini. Jamais un acteur n’aurait la patience nécessaire. Une fillette, même surdouée, ne pourrait égaler Setsuko telle que vous la connaissez. Il faudrait des centaines de prises pour approcher ce que je recherche. Je serais un véritable bourreau d’enfants! »
Il est vrai que les attitudes des enfants et en particulier celles de Setsuko sont d’une effarante exactitude et sensibilité. C’est par son sens de l’observation que le réalisateur cloue le spectateur. Pas d’audace graphique, pas de pathos mais deux personnages face à face avec leurs mimiques, leur personnalité. Leur insouciance nous fait faire des bonds et nous émeut à la fois. Comment rester de marbre devant une petite fille qui s’émerveille à la vue de miettes de bonbons collées au fond de leur boîte ou devant la danse trop éphémère de lucioles au dessus d’un lac…

Produit par les studios Ghibli (voir article- le studio Ghibli: l’anti-Toei), LE TOMBEAU DES LUCIOLES est avant tout une nouvelle d’Akiyuki Nosaka. L’auteur avoue avoir embelli son histoire, épisode crucial de sa vie: « Le texte de LA TOMBE DES LUCIOLES, je l’ai écrit en avril 1967. Le récit participe indéniablement de l’autobiographie, mais au fil du travail, le caractère confessionnel s’effaçait peu à peu: j’embellissais. Là où il aurait fallu écrire les regrets pour la soeur morte, avec la tristesse, et raconter les faits le plus crûment, en une sorte d’oraison funèbre, la fiction, c’est-à-dire le romanesque, a pris le dessus. Et c’était inévitable dans la mesure où j’étais moi-même le héros. Cette part de fiction me brûle toujours, comme une lame enfoncée dans ma chair ».

Adapaté en celluloïd, par Takahata (tous ses films sont tirés de romans), il a méthodiquement suivi le contenu de l’ouvrage. Il n’a rajouté que le préambule (v. première phrase de la critique) et la séquence finale: le regard des deux enfants sur le Japon moderne. C’est d’ailleurs par ce préambule qu’il démystifie la mort, lui permettant d’évoluer beaucoup plus sereinement dans son histoire. Il laisse fleurir les instants de bonheur dans une vie cernée par la mort.

Relèguant les métrages de Disney à des contines pour enfants attardés, redoutablement fort grâce à ses personnages, ses thèmes, son inéluctable évolution et son approche graphique simple, LE TOMBEAU DES LUCIOLES est le manga qui réconciliera les grands avec l’animation et leur ouvrira les portes d’un monde dont ils se croient trop souvent exclus.

A propos de l'auteur

Journaliste