Durée: 112‘
Genre: Drame biographique
Date de sortie: 22/05/2007
Cotation: **** (de ooo -restez chez vous- à **** -rdv de toute urgence au cinéma)

Nord Pas-de-Calais, 1995. Le directeur du magazine Elle, Jean-Dominique Bauby, dit Jean-Do pour ses amis, se réveille après trois semaines de coma. Il se rend alors compte qu'il ne peut plus ni parler, ni bouger. Seul un oeil lui permet de voir le monde et de communiquer...

Jean-Dominique Bauby était le directeur du magazine ELLE et pouvait sans doute se targuer d'avoir une vie bien remplie jusqu'au jour où il fut frapper par un "locked-in syndrome", phénomène très rare dû à un accident vasculaire cérébral. Suite à cela, il a dicté, lettre par lettre un roman "Le scaphandre et le papillon" qui a eu un succès de librairie mérité!

Basé sur ce roman, le film du même nom aborde donc une biographie difficile à rendre au cinéma vu l'absence totale de mouvement du sujet principal du film… Et c'est là que la mise en scène de Julian Schnabel (peintre de son métier et qui aime visiblement beaucoup les biographies: BASQUIAT, BEFORE NIGHT FALLS) ose avec bonheur la caméra subjective. Grâce à ce procédé bien connu (mais rarement utilisé car fort répétitif et souvent lassant pour le spectateur) vu notamment dans le très intéressant THOMAS EST AMOUREUX, il dynamise son récit et traduit merveilleusement l'enfermement de Jean-Do à l'intérieur de son corps inerte. Au bout d'un moment, pour ne pas sombrer dans la répétition, il profite des points de vue des autres protagonistes pour nous donner une vision de "l'extérieur" et renforce encore ainsi l'impact de son propos.

En jouant sur une succession de situations terribles (sa femme qui sert d'intermédiaire téléphonique avec son amante) et cocasses et sur les réflexions de Bauby sur son univers, le film parvient à nous faire passer un message de vie sublime qui rend aux infimes détails de l'existence humaine tout leur caractère fort et riche. L'oeil du héros prisonnier de lui-même devient scrutateur des misères, des joies et de la beauté humaine sans jamais sombrer dans un misérabilisme qui tuerait le sujet dans l'oeuf. C'est, comme le dit Jean-Do, "l'imagination et la mémoire [qui] sont les deux seules façons de m'échapper de mon scaphandre", deux voies qui vont le conduire à tomber amoureux, à écrire un roman lettre par lettre avec ses seuls clignements d'yeux et à ne pas mourir de désespoir.

Bien qu'il apparaisse peu à l'écran, la prestation de Mathieu Amalric (MUNICH, J'AI VU TUER BEN BARKA) est extraordinaire. Son corps immobile et son visage complètement déformé, bavant, sont d'un réalisme profond qui servent admirablement le film. Les autres protagonistes, Emmanuelle Seigner en femme amoureuse, mère des enfants de Bauby, ou Marie-Josée Croze en aide médicale, sont tous au diapason d'un film à la fois profond et léger qui mérite absolument le détour par une salle de cinéma.

A propos de l'auteur

Eric Van Cutsem
Journaliste

Journaliste indépendant dès 1989 qui, depuis cette époque, se pose toujours la question de savoir si il est journaliste, informaticien, biologiste ou … extra-terrestre. Peut–être un peu tout ça pensent certains…