Equipe:
Durée: 100‘
Genre:
Date de sortie: 22/06/2004
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Pigiste dans un magazine féminin qui commence par un E et comporte deux L (non on ne cite pas de nom), Claire Rocher est plutôt du genre effacée, timide et complexée. Fan de la charismatique star de cinéma Elisabeth Becker, la jeune femme est presque obligée de se pincer lorsque par un inespéré concours de circonstances, sa rédaction lui demande de raccompagner en voiture son idole chez elle. Flattée par cette admiration sans limites que lui porte Claire, lors d'une séance d'interview l'égocentrique actrice lui propose donc de devenir son assistante personnelle. Aveuglée, fascinée, prête à tout pour devenir l'ombre de la main d'Elisabeth, entre deux caprices et trois crises de nerfs de la diva, la docile Claire va tour à tour endosser le rôle de meilleure copine, bonne à tout faire et même souffre-douleur sans jamais broncher jusqu'à ce que Mathias pointe le bout de son nez

Notre critique:

« You see, in this world there’s two kinds of people my friend, those with loaded guns, and those who dig… » La petite phrase a beau avoir plus de 30 ans, en la relisant on se dit que le grand Sergio Leone qui n’avait pourtant pas choisi la filière philosophie, avait tout compris pour résumer en trois mots les relations humaines. Quel rapport entre LE BON, LA BRUTE ET LE TRUAND et le premier long métrage de l’ancien assistant d’Olivier Assayas et de Romain Goupil me direz-vous? Non, Karin Viard ne finit pas accrochée au bout d’une corde et Agnès Jaoui ne s’est pas mise au cigare et ne porte pas de poncho. N’empêche que lorsque leurs deux personnages se rencontrent, il y en a bien une qui tient le flingue et l’autre qui creuse. Tandis qu’Elisabeth l’actrice, est au sommet de sa gloire, trône sur toutes les couvertures de magazines et vampirise tout ce qui passe à deux mètres cinquante d’elle, Claire fait plutôt dans le genre doublure, soumise pour les corvées et volontaire pour ramasser les miettes surtout lorsque ce sont celles de la star lunatique qu’elle adule.

Comédie douce-amère sur le pouvoir et les relations de dépendance et de domination entre une fan et son idole, le ROLE DE SA VIE ne révolutionne certes pas son sujet (mais que faire après EVE de Mankiewicz), toutefois, avec drôlerie et élégance, il nous offre la possibilité de passer un agréable moment avec deux actrices formidables et éclatantes à l’écran. Si en star insupportable et odieuse, Agnès Jaoui est pour le moins surprenante et inattendue, c’est un pur plaisir de retrouver une Karin Viard pleine de fraîcheur et de grâce comme à ses débuts. Avec un sens aiguisé de l’observation des caractères François Favrat nous brosse ici une satire du milieu « bobo parigot » plutôt bien troussée.

Bon d’accord, l’ensemble est somme toute sage et consensuel, et l’on se doute bien qu’avant le générique tout finira par rentrer dans l’ordre et que tout ce petit monde aura trouvé la place qui lui convient. Bien sûr, avec deux rôles principaux écrits sur mesure et joués avec talent, les autres personnages sont un peu survolés et bâclés à la va-vite. Sans doute, qu’avec un poil d’ironie un peu plus cruelle pour le scénario et une dose de prise de risque dans la mise en scène, le tout aurait été moins maladroit et mieux emballé. Mais après tout pour un début ce n’est déjà pas si mal, alors pourquoi être grognon et bouder le plaisir de ce petit film estival.

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Journaliste

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