Equipe:
Durée: 84‘
Genre:
Date de sortie: 10/06/1997
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Peu après la seconde guerre mondiale, Gabriel eut envie de changer de vie. 50 ans, une femme, 9 enfants, un poste de directeur industriel au sein d'une importante société, des revenus plus que confortables: Gabriel sent l'ennui le gagner. Avec femme, enfants, bagages et une cinquantaine d'autres belges, il part s'installer en Patagonie pour commencer une nouvelle existence.

Notre critique:

Pour ceux qui l’ignore, la Patagonie se situe entre le Chili et l’Argentine, là-bas, tout au bout du monde, juste avant la Terre de Feu. Autant dire qu’il s’agit d’une région aussi agréable que les plaines de Sibérie ou que, dans un autre genre, le désert du Mojave.

Cette situation de départ étonnante n’est pas le début d’un scénario de film d’aventures. C’est simplement le début de l’histoire extraordinaire mais absolument authentique de Gabriel de Halleux. D’ailleurs, vous n’êtes pas en face d’un film de fiction, mais d’un documentaire retraçant l’épopée patagonienne (patagonique?, patagonneuse?, …) de ce Gabriel en mal de changement.

Surtout que le terme documentaire ne vous fasse pas fuir. Le dépaysement, le rire et l’émotion sont au rendez-vous avec mille fois plus d’intensité que dans la moitié de la production hollywoodienne honteusement jetée sur nos écrans cet été, à la manière d’un pétrolier géant échoué sur une plage et déversant sa nauséabonde cargaison (d’accord l’image est rude mais CON AIR, SPEED 2, JUNGLE TO JUNGLE, BEVERLY HILLS NINJA, THE SAINT, vous trouvez vraiment que ça pousse aux images buccoliques?).

Sur fond de commentaire tantôt ironique, tantôt grave, tantôt purement narratif, prononcé par Anne Lévy-Morelle (la réalisatrice), alternent images d’archives (films amateurs tournés par les participants de l’aventure) et interviews de ceux qui ont vécu les événements, à savoir: la femme de Gabriel, ses enfants et quelques patagons qui le fréquentèrent.

Sans trop de parti pris -la réalisatrice s’attache tout de même plus aux aspects négatifs (hostilité de l’environnement, coups durs, échecs, drames, …) qu’aux aspects positifs (c’est vrai qu’ils sont plus de l’ordre du… de… enfin, ils sont moins concrets, quoi!)-, on s’attache à nous faire comprendre le cheminement d’un homme dont l’obstination touche autant au sublime qu’à la folie. Et c’est vrai que plus d’une fois, les péripéties endurées par Gabriel et sa famille dépassent l’entendement. Mais cette volonté d’aboutir et cette ténacité sans failles qui animent Gabriel sont justement les qualités (que dans le cas présent on pourrait tout aussi bien appeler défauts) qui le rendent attachant et même fascinant.

Certains hommes rêvent de conquêtes. D’autres préfèrent conquérir leurs rêves. Gabriel de Halleux était de ceux-là. Ses enfants auraient peut-être préféré qu’il fasse partie des autres.

Nous, pour sûr, devant une telle vie, on reste rêveur et on remercie la réalisatrice de s’être laisser séduire par l’aventure et de nous en avoir intelligemment rendu le sel.

A propos de l'auteur

Journaliste