Equipe:
Durée: 116‘
Genre:
Date de sortie: 15/02/2005
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Librement inspiré du livre de Georges-Marc Benamou, ce film retrace sous forme de fiction les derniers mois du second septennat de François Mitterrand. Alors que la fin de son mandat approche, au delà des combats et des enjeux politiques habituels liés à sa fonction, le Président de la République doit faire face à la maladie et apprendre à s’habituer à l’idée de la mort. Journaliste passionné et en quête de certitudes, Antoine Moreau, en se voyant confier la lourde tâche de coucher sur papier les mémoires du vieil homme, se retrouve être le proche témoin de ses derniers instants de règne. A la recherche de vérités et d'idéal chez ce personnage d'exception, le jeune biographe va tenter à travers leurs entretiens privilégiés de le comprendre et d'essayer d'en tirer des leçons sur la politique, l'histoire, le pouvoir mais aussi la littérature ou encore l'amour.

 

Notre critique:

Depuis maintenant 25 ans qu’il a pris l’habitude de planter le décor de son « théâtre » dans son cher quartier de l’Estaque et de donner chair à ses personnages au travers de sa « fidèle troupe » de comédiens, on se demandait si un jour Robert Guédiguian oserait tenter l’aventure cinématographique loin des rivages de Marseille. Et puis voilà qu’un jour, il y a déjà quelques mois, la nouvelle est tombée, c’était chose faite. Pour une fois sans Ariane, Gérard, Jean-Pierre et les autres, loin de la Canebière, le cinéaste allait faire une entorse à ses fables sociales en adaptant LE DERNIER MITTERRAND, le bouquin sulfureux et controversé de Georges-Marc Benamou. Emballement médiatique à l’annonce du projet, fébrilité et inquiétude pour certains, excitation et impatience pour d’autres, il faut dire que la surprise était de taille, audacieuse, pour ne pas dire carrément casse-gueule. Ainsi le réalisateur osait s’attaquer à un moment de l’Histoire pas encore complètement digéré et dont les témoins étaient encore là, prêts à tirer à boulets rouges et à juger et condamner au moindre crime de lèse-majesté.

Si les américains pour qui on a souvent la dent dure, ont depuis longtemps fait de la biographie présidentielle quasiment un genre cinématographique (Oliver Stone sortant même son NIXON un an après la mort de l’intéressé), en revanche côté cinéma français, on est particulièrement frileux pour regarder et filmer en face l’histoire contemporaine. Et encore plus lorsqu’il s’agit de ses hommes politiques, surtout si ceux-ci ne sont pas antérieurs à Napoléon. Avec LE PROMENEUR DU CHAMP DE MARS, autant dire que Guédiguian brise la loi du silence et ose toucher à un territoire sacré. Irritant, fascinant ou intriguant, François Mitterrand ne laisse pas indifférent ses concitoyens. Comment, à partir de là, représenter celui que l’on avait familièrement baptisé « Tonton », sans sombrer dans le ridicule? Comment adapter un livre truffé de noms célèbres, d’anecdotes et de secrets d’alcôve sans tomber dans le voyeurisme et le scabreux?

Grâce à un scénario qui n’a pas eu peur d’élaguer pour dépassionner le sujet, de trancher en refusant toute idée de reconstitution, de supprimer aussi toutes les personnes identifiables et même de s’autoriser la liberté d’inventer une histoire et des personnages avec habilité et finesse, Guédiguian relève haut la main le défi. Evitant toutes les peaux de bananes qui jalonnaient le parcours d’un tel projet, jouant sur l’épure, l’abstraction et même le refus de réalisme, il fait ainsi de son Mitterrand (dont le nom n’est d’ailleurs jamais prononcé tout comme tout autre personne politique de l’époque) un personnage de fiction ambivalent et tout en zones d’ombres, offrant au spectateur une pluralité de lectures. Brouillant les attentes, perturbant les convictions et le film intérieur de la mémoire intime de chacun, ce Promeneur est avant tout le portrait d’un homme au crépuscule de sa vie et à la fin de son règne.

Ni éloge ou condamnation, ni moralisateur ou inquisiteur, en prenant soin de ne pas mettre en avant ses convictions et ses engagements personnels (plus Gauche prolétaire que « caviar »), le réalisateur marseillais a choisi d’orienter son film plus vers une réflexion sur le pouvoir, la peur de la mort, le délabrement physique ou encore le questionnement spirituel que vers le documentaire ou la page historique. Avec dans le rôle principal un Michel Bouquet époustouflant et magistral dans un jeu tout en nuances où il a eu l’intelligence de ne pas chercher à cultiver la ressemblance physique et vocale (pourtant existantes) avec son illustre modèle et un Jalil Lespert tout en sobriété pour lui donner la réplique, LE PROMENEUR DU CHAMP DE MARS est un changement de cap réussi pour Robert Guédiguian. Reste à espérer que le suffrage universel des entrées en salle suive…

 

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Journaliste

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