Equipe:
Durée: 110‘
Genre:
Date de sortie: 03/01/2006
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Fraîchement sorti de l'école de police, Antoine débarque à Paris pour y intégrer la deuxième division de la Police Judiciaire dirigée par le Capitaine Caroline Vaudieu. De retour dans son service après plusieurs années d'absence pour soigner son alcoolisme, cette quinquagénaire désabusée à la manière d'une mère poule va prendre sous son aile ce petit lieutenant qui lui rappelle son fils disparu, pour lui apprendre les ficelles de ce métier de flic bien moins palpitant que prévu. Plein d'enthousiasme, la tête remplie d'idéaux, nourri aux films policiers de son enfance, le jeune homme naïf qui rêve d'en découdre avec le crime a pourtant été rapidement mis au parfum par ses collègues: "Des grandes affaires, tu en rencontreras deux ou trois dans ta carrière."

Notre critique:

A force d’être abreuvé hebdomadairement et télévisuellement depuis plusieurs décennies (eh oui 17 ans tout de même) à la sauce Navarro et autres consorts, certains en finiraient presque par croire que les commissaires de police des quartiers nord de Paris ont l’accent pied-noir et que ces supers héros des temps modernes savent résoudre une, voire deux enquêtes bien tordues en normalement 90 top chrono minutes (ça c’est sans les pages pub). Avec ce nouveau film Xavier Beauvois (N’OUBLIE PAS QUE TU VAS MOURIR, SELON MATTHIEU) risque de faire des déçus chez les adeptes de Julie Lescaut (si, si, ça existe) en remettant les choses à leur place et surtout en démystifiant le milieu policier et la profession de flic.

Certes la démarche n’est pas franchement la même entre vouloir faire de l’audimat chez la ménagère de moins de 50 ans et coller au plus près de la réalité quotidienne de la vie d’une division de la PJ (Police Judiciaire) parisienne. Pour ce jeune réalisateur atypique pour qui POLICE de Pialat reste une référence en la matière, le choix n’a donc pas été vraiment cornélien. Il faut dire que ce dernier avant de coucher le scénario sur papier et d’empoigner sa caméra, a passé tout de même deux années à coller aux baskets d’une vraie brigade criminelle de police avec filatures, routine, apéros et tout le toutim! Pas étonnant donc que son film fleure la sobriété, la précision et le réalisme.

Dans ce milieu policier qui a tendance a véhiculer quantité de clichés et fantasmes, son film lui, raconte la routine sociale, familiale et professionnelle de flics, les saisissant dans leur normalité avec leurs forces, leurs faiblesses, leurs doutes et leurs ratés. Une jeune recrue bercée d’illusions (Jalil Lespert impeccable), une femme mûre ex-alcoolique revenue de tout (Nathalie Baye bouleversante), sans surenchère, effets ou cabrioles, dans un style ultra-réaliste à la manière d’un documentaire où l’on suivrait le cheminement d’une banale enquête, Xavier Beauvois nous dresse aussi le double portrait simple et émouvant d’êtres terriblement humains. Très personnel et bien plus complexe qu’il n’en donne l’impression, ce PETIT LIEUTENANT n’est pas juste un film de plus sur la police mais bien un film juste sur celle-ci.

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Journaliste

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