Equipe: Albert Dupontel, François Berléand, Jean Dujardin, Nicolas Boukhrief, Éric Besnard
Durée: 95‘
Genre: Thriller
Date de sortie: 01/06/2004
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Petite société de transport de fonds, Vigilante est en pleine crise. Victime de trois violents braquages dans l’année, qui n’ont laissé aucun survivant, la compagnie est au bord du dépôt de bilan et ses employés sont sur les nerfs. Certains évoquent même une complicité avec les braqueurs au sein de l’entreprise. C’est dans ce contexte difficile qu’un homme, Alexandre Demarre, se présente un matin au centre-fort de Vigilante pour entamer sa première journée de travail. Chômeur, flic, braqueur ou quoi d’autre... qui est cet homme et que cherche-t-il?

Notre critique:

Ex-rédacteur de Starfix, Nicolas Boukhrief a bercé l’adolescence (tardive pour certains) de tous les éminents membres de Cinopsis. Défenseur hardcore d’un cinéma de genre, notre ami, en compagnie d’un certain Christophe Gans, nous avait fait découvrir le cinéma burné des années 80. Loin des pantalonnades actuelles, ce septième art prenait toutes les forces d’un genre (polar, horreur, sf, …) pour asseoir un discours social et politique. Certains souligneront que c’était plutôt le fait des années 70, certes… mais son étendue et sa force tordra le cou des majors dans les eighties. Or donc, après VA MOURIR, que nous n’avons pas vu et puis LE PLAISIR (ET SES PETITS TRACAS) que nous passerons sous silence, cinq années se sont écoulées dont trois à l’écriture, réalisation, finition… de ce CONVOYEUR. Soit un film de genre pur et dur qui dépeint l’univers social et professionnel des convoyeurs de fonds français… Tiens, tiens, CQFD!

Tissant un scénario relativement classique sur un fond aussi social que cinématographiquement vierge, Boukhrief organise son film comme un bon vieux western façon l’inconnu dans la ville. Ici, l’inconnu chez Vigi-land, le pays où la vie est très courte! Et le réalisateur, pas manchot, de nouer les liens entre les personnages, de dessiner des relations, de photographier le contexte avant de lâcher la bride. Si la tension sous-jacente se veut sourde au début, elle se fait dévastatrice dans les derniers instants. Mais avant d’assister coi à ses débordements, on suit, on partage, on vit l’au-jour-le-jour de petites gens, totalement engoncés dans un sale boulot aux contraintes énormes et à la maigre solde. La peinture est forte, solide, désespérée, à l’image du suicide qui vient ponctuer une fête de bureau; ou encore de certains personnages au bord du pétage de plomb massif. Et même si l’on peut reprocher quelques débordements dans « la reconstitution » du milieu (le chauffeur roulant le chichon collé aux lèvres), on ne peut remettre en doute des conditions de travail si lamentables.

Albert Dupontel nous sert, comme à son habitude, son physique si caractéristique. Jouant de son faciès et de ses deux billes qui lui servent d’yeux, il pénètre de sa nébuleuse présence un cadre professionnel glacial et y introduit le mystère. Un mystère qui se dérobe malheureusement trop vite tant LE CONVOYEUR joue la carte du genre en y respectant (trop) les codes. Si l’enjeu général est maintenu sur une belle longueur, le suspense relatif au méchant (puisqu’il doit y en avoir un!), lui, s’étiole bien vite. Mais cela n’empêche en rien LE CONVOYEUR d’être une bonne fiction joliment maîtrisée, bien couillue, jouant astucieusement avec le drame et l’action. Pan-dans-la-gueule comme écrirait notre bon Franquin !

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Journaliste